Conférence de Julien C. au Quai Branly

Question : moins le sport -> triomphe de certaines cultures sur d’autres -> hégémonie de certains -> d’autres sont écrasés. Pas du tout expression de certaines cultures dites dominées permise par jeu réciproque (rhizome) de deux cultures ?
Réponse de Julien : Oui, vous avez tout à fait raison. Mais quand on a dit ça, on n’a pas tout dit.
Les peuples ainsi dominés : ils ne disent eux-mêmes pas cela. Ils sont au contraire heureux de jouer au rugby. Et de commencer leurs matchs par ces danses rituels. Pour eux donc, ça n’est en rien une danse folklorique. Au contraire, cela est bien pour eux un moment très important. Moment où ils parviennent à exprimer leur être propre. Leurs émotions.
Ainsi quand on a dit premier discours, on n’a pas tout dit. Il y a donc bien un intérêt à prendre point de vue. Point de vue beaucoup moins étudié. Peu connu.
De la même façon. Certes la folie existe. Mais quand on a dit cela, a-t-on tout dit ?
Oui, la folie est un phénomène pathologique. Mais ce n’est pas que cela. Oui, les idiots savent que leur idiotie est pathologique. Mais cela ne dit pas tout ce qu’ils vivent. Ils disent aussi que l’idiotie est une belle chose. Qu’apprendre à vivre avec leur idiotie, cela leur permet de voir autrement le monde. Que donc cela leur apporte aussi quelque chose de positif.
C’est cela que je défends dans mon travail sur l’idiotie. Oui, j’essaye de défendre le point de vue que ceux qui ont véritablement affaire à l’idiotie portent sur l’idiotie. Le pont de vue donc du fou. Et ce point de vue, le discours sur la folie est incapable d’en rendre compte.
C’est donc bien là qu’est la force de mon travail. C’est en effet avant tout un travail de témoignage. Et en témoignant ainsi j’espère apporter quelque chose au discours sur la folie. Et si je parvenais à modifier un tant soit peu ce discours, alors j’aurais atteint mon but.
Un noir est devenu président des États Unis. Jamais un fou traité pour folie ne deviendra président des États unis. C’est donc qu’il est préférable d’être noir que d’être fou.
C’est donc que les fous doivent faire face au jugement des autres d’une façon bien plus violente que les noirs.
Tout cela pour montrer l’ampleur de la difficulté en quoi consiste un discours positif sur la folie.
Différence entre ethnologie et idiotphysique.
L’ethnologie cherche à défendre le point de vue d’un groupe de dominés. À lutter donc d’une certaine façon contre un certain regard de dominant porté sur ce groupe. Et cela en témoignant. C’est à dire en cherchant à comprendre de l’intérieur.
Mais l’ethnologue reste dans tous les cas, qu’il le veuille ou non, un dominant. Il reste donc l’homme d’un groupe de dominants.
L’idiotphysicien, lui, est un idiot. Et c’est en tant qu’idiot qu’il étudie l’idiotie.
Il est donc en quelque sorte l’ethnologue qui étudie un groupe minoritaire (celui des idiots par rapport aux individus normaux). Mais il y a une différence. C’est qu’il s’agit d’une ethnologie intérieure au groupe même.​​​​​​​
Un peu comme si un « samoans » avait fait une thèse d’ethnologie sur le rugby à Samoa.
Mais il y a encore une différence.
Le « Samoans » peut être ethnologue. Il peut donc faire ce travail (même si cela est très difficile pour lui). C’est que tous les hommes sont des hommes qu’ils soient des « Samoans » ou des européens.
Tandis que l’ethnologue, lui, ne pourra jamais être un idiot. Et l’idiot ne pourra jamais être un ethnologue (je parle ici de l’idiot qui est traité pour idiotie).
Il n’y a donc pas de possible auto-ethnologie de l’idiotie.
Et c’est pourquoi il y a une nécessité de l’idiotphysique.
Un noir, un « Samoans », sont des hommes.
Un idiot, non. Un idiot ne sera jamais un homme comme tous les autres, excepté les idiots, peuvent être des hommes.
C’est pourquoi il lui faut inventer quelque chose d’autre que l’ethnologie.
Le « Samoans » n’a rien à dire contre l’ethnologie. Il est toujours possible pour lui de devenir ethnologue (dans les principes, personne ne peut s’opposer à cela).
Tandis qu’un idiot, non. Jamais un idiot ne pourra faire de l’ethnologie.
Il est donc possible qu’il existe une ethnologie de l’idiotie. Mais cette ethnologie, dans son fonctionnement même, exclura toujours le fonctionnement de l’idiot. Elle ne pourra jamais le prendre en compte dans son fonctionnement même.
C’est pourquoi, il y a, pour traiter la question de l’idiotie, l’impossibilité donc pour une ethnologie de l’idiotie de rendre compte de l’idiotie, la nécessité de créer l’idiotphysique.
Oui, seule l’idiotphysique est en mesure d’être une ethnologie de l’idiotie prenant en compte dans son fonctionnement même le fonctionnement interne de ceux qui ont affaire à l’idiotie.
Objection de Jean-Sébastien contre moi.
Mais Julien : parents très fort socialement. Tout est donc facile pour lui. Il n’a donc aucun mérite de réussir étant donné sa situation familiale. Il n’a donc aucune raison d’être fière de lui.
Réelle objection :
Jean-Sébastien a raison. Mon discours sur l’idiotie dit cela sur Julien (je dis dans mon traité : « Il est plus facile pour un fils de ministre de devenir professeur voire même ministre que idiot (ou clochard). »)
C’est donc bien là une spécificité de l’idiotphysique.
Il s’agit d’une science ponctuelle et non linéaire (« diagonale », « horizontale », ou « verticale »).
C’est-à-dire qu’elle est nécessairement fausse. Oui, il est nécessaire, pour créer l’idiotphysique, de créer une science fausse c’est-à-dire une science qui ne prenne qu’un seul point de vue en charge et qui donc fasse qu’on rende compte de façon fausse de certains problèmes.
Exemple : l’idiotphysique dit que Julien n’a aucune raison d’être fier de ce qu’il a fait (être allé jusqu’à prochainement soutenir une thèse d’ethnologie).
Or cela, je ne le crois pas. Et c’est ainsi que j’ai offert même à julien un exemplaire du traité avec cette dédicace : Julien est peut-être aussi à sa façon un chevalier au service de l’idiotie.
Oui, l’idiotphysique est nécessairement fausse au sens où elle est nécessairement subjective (elle ne peut en aucune cas être objective et cela par le fait même qu’elle prend en compte le fonctionnement interne de ceux qui ont affaire à l’idiotie. Donc qu’elle ne peut pas prendre en compte le fonctionnement traditionnel de la science -> elle rejette donc ce fonctionnement -> elle rejette donc l’objectivité.)
Cela j’en suis conscient. Mais je ne regrette pas pour autant d’avoir écrit l’idiotphysique. Je sais seulement que l’idiotphysique est nécessairement une science fausse mais que cela, dire donc qu’elle est d’une certaine façon fausse, quelle génère donc des erreurs, ne permet en aucun cas de la réfuter.
Cela n’enlève rien donc à sa sorte de grandeur.
La psychanalyse prend en compte le devenir de la langue mais reste statique du point de vue du corps (c’est en cela qu’elle est une science horizontale).
L’ethnologie prend en compte le devenir du corps mais reste statique au niveau de la langue (c’est en cela qu’elle est une science verticale).
La linguistique : une science diagonale. Elle prend en compte de façon diagonale (c’est-à-dire équilibrée) l’horizontalité de la linguistique et la verticalité de l’ethnologie.
Et l’idiotphysique ?
L’idiotphysique, elle, est une science centrale. Ou plutôt ponctuelle. Elle est en effet la science d’un point : le point de l’idiotie.
Et le point de l’idiotie, c’est le seul point qui soit à la fois commun à l’ethnologie, à la linguistique et à la psychanalyse.
Science d’un point : elle est donc nécessairement fausse.
Mais en même temps elle est la seule science qui puisse permettre de transcender dans un même mouvement (d’en faire donc une sorte de synthèse) les trois sciences humaines que sont l’ethnologie, la psychanalyse et la linguistique.
Voir ici le texte de Foucault dans Les mots et les choses où il parle de cette ultime science humaine qui n’a pas encore été inventé -> la linguistique
N’aurais-je pas inventé ce qui doit rendre possible la création de la linguistique ?
L’idiotphysique : un sujet d’étude possible pour les trois sciences humaines que sont l’ethnologie, la psychanalyse et la linguistique)
➔ un sujet d’étude donc commun
Et c’est en étudiant en commun ce sujet d’étude que l’idiotphysique, qui est ce sujet d’étude même, peut avoir une chance d’exister comme ce qui doit rendre possible donc l’ultime science humaine dont parle Foucault dans Les mots et les choses.
Morale : il peut parfois être nécessaire de commettre des erreurs. Plus même : de créer de fausses théories sources d’erreurs. Puisque cela peut être la seule façon possible de résoudre un problème.
La science d’un point, c’est une sorte de point. C’est en ce sens que j’écris qu’il y a l’idiotphysique au point de l’idiotie. Que donc la psychanalyse, l’ethnologie et la linguistique doivent étudier l’idiotphysique comme un objet.
Mais en fait c’est plutôt en étudiant l’idiot, qui est ce qui est en ce point, que les trois sciences font surgir l’idiotphysique.
Ainsi on écrira :
C’est donc bien la création d’un nouvel espace, l’espace de l’idiotie (création donc d’un volume par la création d’une troisième dimension), qui rend possible l’idiotphysique. (La dimension de l’idiotie : la dimension propre au point de l’idiotie.)
Cette troisième dimension, ça n’est donc rien d’autre que la dimension de l’idiotie.
C’est donc la création de cette troisième dimension qui permet de créer l’idiotphysique donc de rendre peut-être possible la création de l’ultime science humaine. Qui permet donc de résoudre le problème de la synthèse des deux sciences humaines que sont la psychanalyse et l’ethnologie.



TEXTE ÉCRIT (JE CROIS) AVANT LA CONFÉRENCE DE JULIEN ET SE TROUVANT CONSERVÉ DANS LA MÊME POCHETTE QUE LE TEXTE DE LA CONFÉRENCE​​​​​​​
Dimension de la langue -> psychanalyse
Dimension du corps -> ethnologie
Dimension (langue/corps) -> linguistique
Les trois dans un même espace : le plan (langue/corps)
Pour faire la synthèse : nécessité de créer une nouvelle dimension -> la dimension de l’idiotie
➔ d’où la création d’un nouvel espace : l’espace de l’idiotie
Les mots et les choses de Michel Foucault (Gallimard)
p 388
« C’est pourquoi rien n’est plus étranger à la psychanalyse que quelque chose comme une théorie de l’homme ou une anthropologie. »
et avant p385
« Alors que toutes les sciences humaines ne vont vers l’inconscient qu’en lui tournant le dos, attendant qu’il se dévoile à mesure qu’il se fait, comme à reculons, l’analyse de la conscience, la psychanalyse, elle, pointe vers lui directement, de propos délibéré. »
p 388
Dimension de l’inconscient -> psychanalyse
Dimension de l’historicité -> ethnologie
Le problème général de toute ethnologie -> celui des rapports entre la nature et la culture
Ethnologie et psychanalyse -> « non pas interroger l’homme lui-même mais la région qui rend possible en général un savoir sur l’homme. »
p 391
« Par rapport aux sciences humaines, la psychanalyse et l’ethnologie sont plutôt des contre-sciences. »
« Elles viendraient se croiser comme deux lignes orientées différemment. »
p 392
« Elles n’ont en vérité qu’un seul point commun, mais il est essentiel et inévitable : c’est celui où elles se coupent à angle droit. »
« Alors se forme le thème d’une théorie pure du langage qui donnerait à l’ethnologie et à la psychanalyse ainsi leur modèle formel. »
« Au-dessus de l’ethnologie et de la psychanalyse, plus exactement imbriquée avec elles, une troisième « contre-science » ».
La linguistique : « une théorie pure du langage »
➔ l’idiotphysique est-elle cette théorie pure du langage ?
Dimension du corps collectif
➔ le corps commun à tous les individus du groupe
➔ le corps historique
Dimension du corps individuel
➔ le corps propre à l’individu (l’individu est ici à prendre comme celui qui à affaire personnellement à l’Autre (le grand Autre lacanien)
➔ le corps inconscient
Il s’agit ici de la transposition par interprétation du système de Foucault dans mon propre système.
On voit donc la différence.
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Je suis attiré par les femmes qui ne sont pas attirées par le genre d’homme auquel j’appartiens.
Ainsi plus une femme se sent attiré par le type d’homme opposé au mien, moins elle se sent attiré par moi (ça va jusqu’à la répulsion voire la haine).
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