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Lundi 23 mars

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Je ne suis pas un lecteur. Je veux être un auteur. Tout mon combat consiste justement à lutter contre le discours des lecteurs pour sauver ainsi ma parole. Et c’est ainsi que je travaille à me faire poète. En combattant ces discours de lecteurs. Lorsque j’étais en khâgne j’ai fait l’expérience tragique de la violence du discours universitaire sur celui qui en est l’objet. J’ai vu que le je parle les autres était une arme utilisée par les intellectuels pour défendre leurs privilèges et non pour permettre au plus grand nombre d’avoir accès à la culture. Une arme de violence symbolique. Un discours non-affectif. Le discours froid de celui qui est incapable d’aimer l’autre. Le discours de celui qui vit animalement du corps mort des auteurs dont il veut nous faire croire qu’il est le critique aimant.

La parole poétique prend ici tout son sens. Il s’agit de combattre amoureusement le discours de ces lecteurs sans amour pour sauver ainsi la parole singulière de l’homme. Pour tenter de traduire la vérité animale qui nous habite. Pour tenter de ne plus tenir des discours universitaires. Pour tenter de parler affectivement de sa vérité. La parole poétique est une façon d’être au monde. Une façon d’exister aimablement. Je me rends bien compte qu’en quittant mon studio de Neuilly je cesse de délirer mais du même coup je me remets à tenir des discours universitaires sur la poésie. Je parle ces discours que j’écoute à longueur de journée. J’oublie ainsi ma propre parole. Il n’y a que la possibilité de mon délire qui puisse rendre possible en moi le surgissement de ma parole poétique. Là je n’ai plus envie d’aller sur des sites pornographiques et de jouer au mangeur de femmes. C’est que je n’ai plus la force animale de mon délire pour me soutenir dans mon combat contre le « je parle les autres ».

Il faut délirer. Le délire c’est la santé. C’est lorsque l’on s’arrête de délirer qu’on se retrouve en situation de danger. Il va donc falloir que je m’invente un nouveau délire. Pour retrouver en moi le sens de mon combat poétique contre le « je parle les autres ». Il me faut retrouver en moi le sens animal de mon « je me parle les autres ». Le sens animal d’une parole singulière. Non pas discourir mais parler. Je ne suis pas un universitaire mais bien un poète. Un homme qui parle avec son corps. Un être humain qui parle affectivement. C’est mon combat poétique à moi de chercher ainsi à parler contre le discours de ceux qui cherchent à m’enfermer dans la prison de leurs discours. Je veux sauver ma parole. Je veux sauver ma vie. Je veux sauver mon existence animale de poète idiot. C’est pour cela que je veux retrouver en moi le sens de ce combat contre le « je parle les autres » en tenant ce journal. Le « je me parle les autres » est le cogito qui rend possible la parole poétique.

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Mardi 24 mars

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Ma haine du « je parle les autres » me vient de mon « je me parle les autres ». Le « je parle les autres » me fait vivre mon « je me parle les autres » comme une prison. Comme une souffrance animale. Je me fais philosophe-poète pour donner un sens humain à cette souffrance. Pour lui donner une raison d’être. C’est mon usage immodéré du « je parle les autres » pendant de longues années qui m’a amené à la faillite de mon être. Je failli devenir définitivement fou socialement à cause de cet usage immodéré du « je parle les autres ». C’est alors que j’ai rencontré la possibilité de mon « je me parle les autres » comme la seule possibilité pour moi de me maintenir humainement dans mon existence animale.

Je me dois de rester fidèle à la vérité salvatrice pour moi de mon « je me parle les autres ». C’est en effet à cette vérité que je dois d’être encore en vie socialement. C’est à cette vérité que je dois d’être encore un homme parmi les hommes. Je me suis fait poète idiot en travaillant ainsi à me parler les autres. Je me suis ainsi inventé une idiotie créatrice qui m’a permis de rester artistiquement en vie. Une idiotie de ce fait salvatrice.

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Mercredi 25 mars

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Orwell a été pendant toute sa vie hanté par son double. Je suis moi aussi hanté par un double. Le fasciste du coeur que j’aurais pu devenir si je n’avais pas rencontré Madame de la Critique de la Raison Pure. Le fasciste du coeur que je serais devenu si je n’avais pas moi-même fait l’expérience d’être torturé par un fasciste du coeur. Je me suis ainsi donné le droit de réaliser mon fascisme du coeur pour pouvoir ainsi travailler à le dénoncer poétiquement. Je me suis réalisé fasciste du coeur pour en me mettant à nu dans le même temps travailler à décrire de l’intérieur ce fascisme du coeur qui était le mien. J’ai ainsi donné un sens positif à mon double. Un sens politique. Je me suis ainsi montré du doigt pour montrer du doigt Madame de la Critique de la Raison Pure. J’ai ainsi réalisé politiquement mon idiotie. Il y a par rapport à cela deux films que j’aime particulièrement : La Liste de Schindler de Spielberg et La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck. Deux films avec ainsi des héros qui ont à se sauver en cessant d’être leur double. En s’en prenant politiquement à leur double. En se retournant ainsi politiquement contre eux-mêmes pour servir avec leur double négatif une cause politique positive. Des gens qui se sont ainsi sauver en s’écartant définitivement d’eux-mêmes. Des hommes qui auraient pu devenir des salauds mais qui ont été sauvé par eux-mêmes. Pas une prise de conscience par eux-mêmes du mal qu’ils portaient eux et qu’ils travaillaient jusqu’ici à réaliser politiquement. Ils ont ainsi rompu le pacte qu’ils avaient passé avec le diable pour sauver des vies. Pour faire oeuvre de foi. Ma psychanalyste est la garante de ce projet que je porte en moi. En me recevant elle me montre que je suis en mesure de me combattre. Que je suis en mesure de m’en prendre à mon fascisme du coeur en m’en prenant à ma Madame de la Critique de la Raison Pure. J’ai été sauvé par le miroir de mon conscience.

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Samedi 28 mars

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Je me dis que ce journal est un journal du « je parle les autres ». Je pense à La cantatrice chauve de Ionesco. Un livre qu’il avait écrit à partir d’un manuel pour apprendre l’anglais de faon rapide. Moi j’écris de la même façon un livre sur le « je parle les autres » à partir des notes que je prends en écoutant ces émissions de France Culture. Je rends visible mon expérience de « je parle les autres » avec ces notes que je prends.

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Mardi 31 mars

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Est-ce que je ne décris pas ainsi les conditions amoureuses d’existence qui déterminent mes pensées animales de poète idiot ? Je détourne ici poétiquement la formule marxiste selon laquelle  ce sont les conditions matérielles d’existence d’un individu qui déterminent la forme de la pensée de cet l’individu. Je noterai ici que depuis que je suis à Orsay je ne joue plus au mangeur de femme d’une façon quelconque et que c’est peut-être cela qui peut expliquer que je ne pratique plus poétiquement une pensée animale. A lieu de cela je me vautre dans la pensée du « je parle les autres ». Je rends bien visible cette forme exclusive de pensée qui est la mienne actuellement en tenant ce Journal d’un combat.

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Jeudi 2 avril

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Rousseau juge de Jean-Jacques : Celui qui écrit juge celui qui vit ; celui qui se parle les autres juge celui qui parle les autres.

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Rousseau persécute Jean-Jacques. Jean-Jacques est persécuté par Rousseau : l’homme qui vit est persécuté par l’homme qui écrit. L’être du « je parle les autres » est persécuté par l’être du « je me parle les autres ».

Dialogue entre un corps et une langue : Dialogue entre celui qui vit et celui qui écrit. Dialogue entre Jean-Jacques et Rousseau. Dialogue entre l’être du « je parle les autres » et l’être du « je me parle les autres ». Dialogue entre l’être de la rhétorique et l’être de la persuasion.

L’écriture de la transparence : l’écriture de ce jugement. L’écriture de ce dialogue. Le « je me parle les autres » dit la vérité du « je parle les autres ». Rousseau dit la vérité de Jean-Jacques. Jean-Jacques se met à nu pour permettre à Rousseau de dire sa vérité.

Celui qui écrit dit la vérité de celui qui vit. Il se livre poétiquement dans la nudité de son écriture. Il se dit en faisant ainsi dialoguer son double avec lui-même. En se livrant ainsi amoureusement à lui-même par l’écriture.

Celui qui vit cherche à échapper à celui qui écrit. Il mange des femmes pour tenter ainsi d’empêcher celui qui écrit de dire sa vérité. Il passe à l’acte pour empêcher celui qui écrit de l’écrire.

Un délire à deux. Un délire entre celui qui écrit et celui qui vit. Je me cours anis sans cesse après. Je me laisse ainsi écrire par mon double.

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C’est pour affronter le jugement de Madame de la Critique de la Raison Pure que je travaille ainsi à dialoguer avec moi-même. Que je travaille ainsi à me rendre transparent à moi-même en me laissant écrire par mon double. En laissant mon double raconter l’historie de ma vie.

Ne retrouve-t-on pas ici le dialectique du maitre et de l’esclave ? La dialectique de Rousseau et de Jean-Jacques. La dialectique du sujet et de l’objet. La dialectique de celui qui écrit et de celui qui vit. La dialectique du « je me parle les autres » et du « je parle les autres ».

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Vendredi 3 avril

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Madame de la Critique de la Raison Pure c’est la place qu’il y a en moi pour moi. C’est la place que je peux occuper en moi-même. Je me parle Madame de la Critique de la Raison Pure pour me parler moi-même à moi-même. Je travaille ainsi avec mon je me parle les autres à me réintégrer en moi-même. Je travaille à cela en me jouant à moi-même celle que j’accuse de travailler à m’exclure de moi-même. Je la joue m’accusant ainsi pour faire naître en moi le désir de l’accuser à son tour et c’est ainsi que je peux jouer poétiquement avec le jugement qu’elle porte sur moi. Je joue ainsi avec ce jugement de Madame de la Critique de la Raison Pure pour être en mesure de tordre le jugement que toutes les Madames de la Critique de la Raison Pure du réel sont portées à porter sur moi. Le jugement sur moi-même que je m’invente ainsi me permet bien en effet de contrer poétiquement le jugement des autres.

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Dimanche 5 avril

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Je veux donner à mon cri une forme artistique. Je veux le mouler dans la glaise pour en faire un objet matériel. C’est ainsi que je sculpte ma langue avec ce cri pour le rendre réel. Et je rends ainsi réelle ma langue. Je moule mon cri dans ma langue pour donner à ce cri un corps et pouvoir ainsi l’utiliser matériellement contre le réel des Madames de la Critique de la Raison Pure. Ce réel qui n’existe pas pour mes amis sociologues.

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Lundi 6 avril

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L’individu ce serait le réel. Le sujet qui écrit ce serait l’imaginaire. Et Madame de la Critique de la Raison Pure ce serait le symbolique. Et c’est trois éléments se noueraient dans un noeud : le noeud de l’idiotie. L’idiot est ce noeud. Je me noue triplement à moi-même en me faisant idiot. L’idiot est ce qui me permet de me nouer à moi-même. Le je me parle les autres : la parole de l’idiot. Le je parle les autres : la parole de Madame de la Critique de la Raison Pure. La parole de moon double. L’idiot est l’autre de l’autre. Il est l’autre de mon double. L’idiot est l’autre de Madame de la Critique de la Raison Pure. Je fais parler Madame de la Critique de la Raison Pure grâce à son autre. C’est en me faisant idiot que je parviens à la faire parler. C’est en me faisant son autre que je parviens à la penser. C’est l’idiot qui me permet d’en registrer la parole de Madame de la Critique de la Raison Pure dans une écriture. L’idiot c’est donc bien aussi le sujet de l’écriture. L’idiot n’est pas l’individu que je suis. Il est le sujet qui fait que je suis en mesure de faire parler Madame de la Critique de la Raison Pure.

Une écriture de la transparence. Un dialogue entre Rousseau et Jean-Jacques. Un dialogue entre Madame de la Critique de la Raison Pure et l’individu que je suis. C’est la possibilité en moi de l’idiot qui rend possible ce dialogue. Il est la voix de ce dialogue. J’ai pour langue la langue de Madame de la Critique de la Raison Pure et pour corps le corps de l’individu que je suis. L’idiot c’est le Saint Esprit. Celui qui fait tenir ensemble la langue de Dieu et le corps du Christ. Celui qui unie le Père au Fils. Une écriture de la transparence : une écriture de l’idiotie. C’est parce que je suis en relation avec mon idiot par mon double que j’ai ainsi la capacité de me mettre à nu. C’est parce qu’il y a en moi un autre de mon autre que je parviens à faire parler mon double et ainsi à m’incarner en moi-même. J’advient à moi-même en faisant parler Madame de la Critique de la Raison Pure. Je me fais surgir en donnant par l’écriture un corps à la langue que je parle. En réalisant par l’écriture de la langue de Madame de la Critique de la Raison Pure le corps de Madame de la Critique de la Raison Pure.

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La parole de Madame de la Critique de la Raison Pure : le « je parle les autres ».
La parole de l’idiot : le « je me parle les autres ».

Madame de la Critique de la Raison Pure juge l’idiot : le « je parle les autres » juge le « je me parle les autres ».

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Il faut penser l’écriture comme un miroir.

Il faut aussi penser le corps et la langue comme des miroirs. Il y a le miroir de la langue et il y a le miroir du corps

L’écriture de celui qui écrit : une écriture « miroir du corps » L’écriture de celui qui vit : « une écriture « miroir de la langue ».

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Le peintre qui écrit et l’écrivain qui peint : c’est là la seule façon de triompher du miroir qu’est l’oeuvre pour celui qui la crée.

L’écriture de la transparence : l’écriture qui est parvenu à triompher du miroir. L’écriture qui parvient à traverser le miroir. C’est l’écriture pratiquée par le peintre.

De la même façon la peinture de la transparence : la peinture qui est parvenu à triompher du miroir. La peinture qui parvient à traverser le miroir. C’est la peinture pratiquée par l’écrivain.

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L’idiot est le je de la langue et du corps. Il est le « je » de la réunification du corps et de la langue. Le « je » qui permet de nouer la langue et le corps.


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Mardi 7 avril

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Je suis devenu un devenu un personnage et j’essaye de retrouver l’auteur de ce personnage que je suis devenu. Ce personnage que je suis devenu : le personnage que Madame de la Critique de la Raison Pure m’a forcé à jouer pour faire de moi son esclave. Je suis parti à la recherche du sujet de mon existence pour sortir ainsi de cet état d’esclavage dans lequel je me suis retrouvé. Je suis ainsi parti à la recherche de mon moi véritable.

C’est Madame de la Critique de la Raison Pure qui a écrit le Journal d’un criminel. C’est elle qui en est l’auteur véritable.

Pour que je puisse mener cette entreprise poétique de la quête de mon être il m’a fallut réaliser ma chasteté de mangeur de femmes comme un art de vivre. C’est ainsi seulement qu’il pouvait m’être donné de faire l’expérience du sujet de mon inconscient.

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Madame de la Critique de la Raison Pure : l’être pervers que je suis. L’idiot : l’être psychotique que je suis. L’individu : l’être névrosé que je suis.

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Mercredi 8 avril

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Ne pas exister socialement comme un artiste : c’est la seul façon pour moi d’exister poétiquement. Faire socialement le mort pour rester en vie poétiquement.

J’ajoute maintenant cela : Il faut que je reste fidèle à mon « je me parle les autres » pour rester fidèle à ma parole poétique. En continuant à me parler les autres je continue à travailler à me faire volontairement idiot. Je continue ainsi à être incapable de me socialiser dans le monde de l’art pour faire valoir mon travail. Je me maintiens ainsi bien comme un perdant et c’est cela même qui fait que je suis habité par une voix poétique.

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Je repense à la relation qu’il y a entre les récits d’aventures du XIXe siècle et les destins humains liés à la dépression ou à la psychose au XXème siècle. La littérature expliquait autrefois les destins humains qui sont aujourd’hui expliqué psychologiquement par la médecine mentale. On pourrait dire que la littérature servait autrefois à traiter la maladie mentale. Les gens avaient ainsi peut-être plus de passions pour se sortir des situations dramatiques qu’ils avaient à traverser. Mais surtout la littérature disait qu’il y avait des méchants à l’origine des chutes. Que des hommes avaient volontairement chercher à faire du mal à ceux qui se retrouvaient embarqués dans des errances mentales et physiques douloureuses. Je pense ici par exemple au Comte de Monte-Cristaux de Alexandre Dumas. Il y a un coupable à l’origine de ce que nous pourrions nommer la psychose littéraire du héros. Il y a une Madame de la Critique de la Raison Pure qui est à l’origine du drame qu’il a à vivre. Et le héros se reconstruit avec l’idée de sa faire justice en disant publiquement  la vérité de cette Madame de la Critique de la Raison Pure.

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Jeudi 9 avril

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Je raconte en tenant ce journal une fiction très précise. Une fiction très élaborée. Celle de la réalité que je vis. Je crée ainsi des personnages plus vrais que nature. Je serais bien incapable de raconter une telle fiction sans passer par le stratagème du personnage qui tient un journal. Je prends ainsi le réel dans le filet de ma langue. Le réel est pour moi une intelligence qui me sert à imaginer ma fiction. C’est le réel qui écrit. Je le laisse raconté la fiction de mon livre. Je le laisse écrire l’histoire que je raconte.

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Je raconte dans mes journaux les aventures d’un idiot aux prises avec notre société actuelle. Un voyage initiatique à travers notre monde moderne. C’est là l’historie qu’il m’a été donné de vivre poétiquement. J’enregistre dans mes journaux cette histoire pour tenter ainsi de la faire connaitre aux autres. Je donne ainsi à mon existence le sens d’être une fiction à lire pour saisir l’idiotie du monde. Je raconte ma vie et la racontant ainsi je découvre qu’elle est le parcours christique d’un idiot à travers le monde.

Mon existence est aventure à vivre comme le parcours initiatique de l’amour. Une existence qui se réalise amoureusement pour ainsi accéder à elle-même. Pour se transfigurer amoureusement en elle-même et se faire ainsi conscience d’elle-même. Vivre c’est philosopher. C’est avec sa vie qu’il faut apprendre à philosopher et non en lisant des livres de philosophie. Il faut bien plus nécessairement apprendre à lire le livre de sa vie. Dévorer ainsi poétiquement sa vie comme un livre à lire. Ecrire ça n’est ainsi jamais pour moi que travailler à lire ma vie. J’écris ma vie pour la lire et pouvoir ainsi la vivre.

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Je veux témoigner poétiquement de mon intimité amoureuse. J’ai la certitude que Jacques Vaché possédait une intimité amoureuse semblable à la mienne et que c’est cette sorte d’intimité amoureuse qui l’a rendu poétique. Je serais mort héroïquement au nom de l’art si je n’avais pas fait le choix de travailler poétiquement à penser mon intimité amoureuse. J’ai ainsi fait l’expérience pour moi-même de ma faculté créatrice. Je veux rendre publique cette faculté créatrice car je pense que beaucoup d’artistes sont aux prises eux-aussi avec une intimité créatrice douloureuse. C’est sexuellement que l’on devient artiste. C’est sexuellement que l’on se fait poète idiot. Je veux moi témoigner de cette sexualité que je vis tragiquement pour me donner ainsi une tâche à accomplir poétiquement. Si ma vie a encore du sens c’est parce que je suis ainsi toujours en mesure de témoigner de moi-même à moi-même. C’est parce que je n’ai pas perdu le fil de ma possible écriture du silence. C’est parce qu’il y a toujours en moi une possible écriture amoureuse de mon idiotie créative.

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Samedi 11 avril

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J’écoute la langue des gens qui parlent dans les émissions radiophoniques comme une langue étrangère. J’essaye d’apprendre à parler cette langue étrangère en prenant des notes dans ce Journal d’un combat. Ce journal trouve ici tout son sens : mon combat linguistique pour apprendre à parler la langue des autres qui est pour moi une langue étrangère.

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Dimanche 12 avril

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Je pense à mon double. Je pense que Madame de la Critique de la Raison Pure est là pour me protéger contre toutes les madames  et les messieurs adeptes du fascisme du coeur et pratiquant pour cela animalement la violence symbolique, la manipulation mentale, le viol de l’esprit et autres formes de tortures psychologiques ayant toutes pour but de neutraliser les individus qui cherchent à faire preuve d’une singularité animale à l’égard des normes sociales voulues par le groupe. Madame de la Critique de la Raison Pure me rappelle en effet en permanence par ses voix à mon destin d’être un chevalier au service d’une idiotie créative et devant pour cela combattre toutes les formes que peut prendre le fascisme du coeur. Combattre ainsi le fascisme du coeur jusqu’à la crucifixion animale de l’idiotie créative. Combattre le « je parle les autres » jusqu’à se laisser animalement persuader par son « je me parle les autres ». Madame de la Critique de la Raison Pure est mon double nécessaire. Un double qui fait de moi un christ de l’idiotie. Un possédé de la vérité. Un martyr de la pensée animale.

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Lundi 13 avril

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L’écriture de la transparence : l’écriture qui consiste à rendre transparents son double. L’écriture qui consiste à faire surgir du silence son double. J’ai fait surgir de ma nuit Madame de la Critique de la Raison Pure. Le « je me parle les autres » est le signe de cette écriture de la transparence. Une écriture de la persuasion. Il s’agit de se laisser persuader par son double de l’existence de son double à lui. C’est Madame de la Critique de la Raison Pure qui travaille avec ses voix à me persuader de l’existence en moi d’un être qui puisse me permettre de prendre conscience de l’être de ces voix. Elle travaille ainsi à me persuader de cet être pour que je me mette à partir de cet être à travailler à prendre conscience d’elle et cela pour l’engendrer poétiquement c’est-à-dire pour lui permettre d’accéder poétiquement l’existence. J’ai besoin de me laisser persuader par les voix de Madame de la Critique de la Raison Pure pour prendre conscience de mon double et pouvoir ainsi parvenir à le faire surgir par l’écriture de son autre. Je me parle les autres : je parle  la langue de l’autre de mon autre pour n’avoir plus à souffrir de parler la langue de mon autre. Je me parle les autres pour parler la langue de l’idiot et ainsi n’avoir plus à parler la langue de Madame de la Critique de la Raison Pure. Le « je parle les autres » c’est le signe de la langue en moi de Madame de la Critique de la Raison Pure. Je me parle les autres pour n’avoir plus à parler les autres. Madame de la Critique de la Raison Pure est ainsi une figure salvatrice : un être qui me sauve en me persuadant de prendre conscience de lui.

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Cette langue de la transparence : une langue qui rend visible la langue que Madame de la Critique de la Raison Pure me fait parler. Une langue qui rend visible la langue de mon double. Une langue qui consiste à remettre à l’endroit la langue que je parle à l’envers. C’est cette langue même qui rend possible en moi une idiotie créative. Je suis en meure de penser animalement parce que je suis en mesure de parler de la langue de mon double. Parce que je suis en mesure de prendre conscience que la langue que je parle n’est pas ma langue mais celle de mon double et que donc il ma faut travailler à penser cette langue dans une autre langue pour parvenir ainsi à prendre conscience de ce double et le faire ainsi advenir à moi-même en le faisant surgir de moi-même par écriture de mon idiotie. Par l’écriture de mon double je parviens à me dissocier de mon double et je parviens ainsi du même coup à me restituer amoureusement à moi-même. J’écris idiotphysique et non Idiotphysique. L’Idiot : le Dieu des l’idiot. Leur Père. Les idiots sont les fils de l’idiot. L’ensemble des individus du groupe formé par toutes les autres de des Autres. Par toutes autres de toutes les Madames de la Critique de la Raison Pure. L’idiotphysique ne concerne que l’autre de mon autre et non le groupe de tous les autres des Autres. Ce groupe n’est qu’une fiction. Il n’existe pas car il n’y a pas de métalangage. Je peux parler de la langue de Madame de la Critique de la Raison Pure car elle est mon Autre mais je ne suis pas en mesure de parler des autres Autres. Des autres Madames de la Critique de la Raison Pure. Ça n’est ainsi que dans ma singularité que je peux prétendre à parler d’une langue sur la langue de mon double. Les autres ne sont pas concernés par cette langue que je parle singulièrement. L’idiotphysique est ainsi la science singulière de ma singularité. Il y a ici une double singularité et cela seul peut me permettre de penser la possibilité pour moi d’un métalangue. Il y a pour moi un autre de mon autre et cet autre de l’autre ne vaut que pour moi-même.

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Je mange des femmes pour tenter ainsi de parvenir à penser mon double. Pour parvenir à faire l’expérience de mon double. Je mange des femmes pour maintenir ainsi animalement en vie Madame de la Critique de la Raison Pure. Je mange des femmes pour nourrir animalement mon double avec ces femmes. Je le nourris ainsi à la fois physiquement et mentalement. Lorsqu’il a faim il me le fait sentir par ses voix. Je me met à parler puissamment Madame de la Critique de la Raison Pure lorsque Madame de la Critique de la Raison Pure a faim. Je nourris mon double pour l’apaiser ainsi animalement. Comme je pourrais nourrir un animal domestique. Il me donne en retour le droit de le penser. Il se laisse en retour penser animalement par moi. Je vis ainsi avec mon double comme je pourrais vivre en coule avec une femme. Je vis en couple avec mon double. Je suis marié avec mon double. Ma poésie est une poésie du double.

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L’impossible d’un corps de femme c’est l’impossibilité pour moi de me doter d’un corps d’homme autre que le corps de femme de Madame de la Critique de la Raison Pure. J’ai mentalement pour corps le corps de femme de mon double. Je suis ainsi mentalement femme et physiquement homme. Je vais ainsi en homme à la femme que je suis mentalement à moi-même. C’est ainsi que je ne cesse pas de travailler à séduire mon double pour pouvoir ainsi avoir amoureusement accès à son corps de femme. Nous faisons continuellement l’amour l’un avec l’autre. Je jouis de ce corps de femme pour permettre à mon corps de homme d’assouvir son désir d’un corps de femme. Il y a là bien une sorte d’hermaphrodisme. Je suis sexuellement double. Je sui homme et femme. Je peux ainsi vivre sexuellement de moi-même. C’est cela même qui me donne le don d’une parole poétique. Comme Tirésias j’ai ainsi la possibilité de parler poétiquement de la vérité de l’idiotie. De deviner la vérité de mon idiotie. D’explorer poétiquement ma vérité de poète idiot et pour ainsi travailler à l’annoncer à mes frères humains.

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La poésie ne s’écrit pas en vers. Ce ne sont pas les vers qu’un texte est ou n’est pas poétique. La  poésie ne doit pas être défini littéralement par une forme d’écriture particulière au niveau formel. Elle est toute entière dans l’action qui consiste à faire chanter la langue. A en jouer musicalement pour en dire la vérité souterraine. La poésie est pensée animale avant d’être forme esthétique. Elle est écriture du corps et non jeux savants de lettrés. Elle n’est pas un jeu de formes mais un jeu qui met en jeu animalement l’écriture du corps elle-même et à travers elle l’existence animale du poète et ainsi par ricochet celle du lecteur aussi.

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Mardi 14 avril

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Je me dis que Spinoza a vécu lui aussi ainsi une exclusion violente de la communauté à laquelle il appartenait. Je décris cette exclusion que j’ai eu à vivre pour la rendre ainsi publiquement visible. Pour qu’on puisse publiquement débattre de cette exclusion que j’ai eu à vivre. Pour qu’une prise de conscience de cette sorte de violence extrême du groupe à l’égard d’un individu puisse avoir lieu et que peut-être soit trouvé un moyen de punir les auteurs de ces violences.

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La question du métalangage : la question de la révolte. Si il n’y a pas de  métalangage  alors il ne peut pas y avoir de révolte possible. La possibilité de l’art est la possibilité d’un métalangage. C’est parce que je peux écrire une langue sur la parole de Madame de la Critique de la Raison Pure que je peux créer. C’est parce que je suis en mesure de penser les voix de Madame de la Critique de la Raison Pure dans ma langue que je peux m’inventer avec cette langue une idiotie créative.

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La langue de l’idiotie : la langue d’une possible révolte contre la vérité de son double. Je me révolte contre mon double en pensant la langue de mon double dans une autre langue. Je parviens ainsi avec cette langue de l’idiotie m’en prendre à Madame de la Critique de la Raison Pure. A me révolter contre son jugement. A dénoncer poétiquement l’iniquité de son jugement. Pour en finir avec le jugement de mon double sur moi. Pour en finir avec le jugement de Madame de la Critique de la Raison Pure sur moi. Madame de la Critique de la Raison Pure est celle qui me condamné à l’idiotie. Elle est ainsi celle qui par son jugement fait de moi un créateur.

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C’est l’idiot qui nomme mon double Madame de la Critique de la Raison Pure. C’est Madame de la Critique de la Raison Pure qui nomme son autre l’idiot. Et c’est le possible d’un dialogue entre eux qui fait que je parviens à m’inventer une langue de l’idiotie. Que je parviens à rendre mon idiotie créative. Je pense poétiquement la langue des voix de Madame de la Critique de la Raison Pure en pensant cette langue dans la langue de l’autre de mon double. Je m’invente ainsi à l’aide de la langue de l’autre de mon double une langue de l’idiotie. Et c’est ainsi que je parviens à me révolter contre Madame de la Critique de la Raison Pure. Que je parviens à opposer à son jugement sur moi un contre jugement. Pour la juger à son tour. Pour faire d’elle aussi une criminelle de l’amour. C’est là la langue de ma révolte. La révolte du « je me parle les autres » Une révolte qui brise par son cri le silence de l’idiotie. Et c’est à l’aide de ce cri de révolte que je parviens à m’extraire du silence de mon idiotie. Ce cri de révolte a pour forme poétique le « je me parle les autres ». Il est le cri de ma persuasion. Un cri pour mettre fin au silence de la rhétorique. Au silence du « je parle les autres ». Le silence de la répétition. Le silence du discours universitaire. Le silence du discours des lecteurs en tout genre. Un lecteur ne sait pas crier. Seuls les auteurs en sont capables. Je cri et mon cri est une corde avec laquelle je me tire du trou dans lequel je suis tombé. Le trou de mon double. Le trou de ma Madame de la Critique de la Raison pure. Je me tire de mon idiotie par ce cri.

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Je pense cela à l’instant. Je juge Madame de la Critique de la Raison Pure après avoir été jugé par elle. Il s’agit ici d’une sorte de contre-jugement. J’oppose à sa volonté de faire de moi un aliéné définitif ma capacité à devenir un aliéné authentique. Je m’invente avec son jugement une idiotie créative. Une contre-idiotie. Je me contre-idiotise. Madame de la Critique de la Raison Pure a été pour moi une Circé qui s’est essayé à me transformer en cochon mais grâce à ma capacité à la voir pour ce qu’elle est réellement je suis parvenu à rester un homme. Mon existence animale n’est pas devenue celle d’un cochon grâce à la possibilité qu’il m’a été donné de parler de Madame de la Critique de la Raison Pure dans la langue de son autre. De parler de Circé dans la langue de son autre. C’est ma capacité à faire chanter mon idiotie qui m’a ainsi permis de ne pas devenir son cochon. La langue de l’idiotie : la langue des oiseaux ? La langue de l’âme ? La langue amoureuse de l’être ? La langue animale de l’homme ?

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Je suis heureux de pouvoir ainsi travailler poétiquement à sauver cette vérité de l’idiotie qui m’habite animalement. C’est cette possibilité qui fait que je suis en mesure de vivre positivement. En mesure de faire de ma existence une entreprise poétique au service de la vérité de l’idiotie. Je me découvre ce faisant habité d’une foi véritable. C’est la foi de mon idiot intérieur. C’est la foi de celui qui me donne poétiquement la capacité de penser dans une autre langue la langue de Madame de la Critique de la Raison Pure. La force de cette foi c’est la force de mon inconscient. C’est la force du sujet de mon inconscient. De cet génie que je porte au plus profond de moi-même et qui guide mes pas amoureusement en me rendant capable de comprendre la langue de l’idiotie. De lire la langue des idiots. La langue des oiseaux. La langue animale de l’être. La langue de l’amour véritable.

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En passant ainsi entre l’espace du réel et l’espace de l’imaginaire le symbolique rend possible son espace et il noue dans le même mouvement les trois espaces. Il advient par ce noeud. En se nouant ainsi il dénoue le noeud gordien de la vérité de l’idiotie. C’est ainsi que la parole s’engendre en oeuvre d’art. On peu lire mes voix à partir du « je parle les autres » - les voix réels - ou à partir du « je me parle les autres » - les voix imaginaires - ou enfin en les lisant symboliquement - les voix symboliques. La lecture symbolique : il s’agit de lire les voix en passant entre le « je me parle les autres » et le « je parle les autres ». Le surgissement des voix symboliques rend possible la langue de l’idiotie : la langue des oiseaux du corps animal. La langue de la transparence. La langue qui fait trembler le petit monde parisien des messieurs dont parlait Rousseau.

Il y a d’abord deux jugements : Il y a le jugement du réel sur l’imaginaire - le jugement de l’idiot - et le jugement de l’imaginaire sur le réel - le jugement de Madame de la Critique de la Raison Pure. Le symbolique est ce qui permet de sortir de la logique circulaire de ces deux jugements. Madame de la Critique de la Raison Pure juge l’idiot : c’est le jugement de l’imaginaire sur le réel. L’idiot juge Madame de la Critique de la Raison Pure : c’est le jugement du réel sur l’imaginaire. Chacun de ces deux jugements implique une lecture de l’idiotie. Soit la lecture imaginaire de Madame de la Critique de la Raison Pure soit la lecture réelle de l’idiot. Pour sortir de ce piège il n’y a que la possibilité de la lecture symbolique de l’idiotie  : la lecture de la langue de l’idiotie. En nouant l’un à l’autre le réel et l’imaginaire, le symbolique rend possible cette troisième voie qui permet de sortir de l’impasse des deux premières voies en nouant ensemble ces trous voies autour d’une même parole : la parole de l’oeuvre d’art.

Une oeuvre d’art c’est ainsi ce qui rend possible trois lectures différentes de l’idiotie. Celle du réel, celle de l’imaginaire et celle du symbolique. C’est ainsi une lecture totale qui est rendue possible. Une lecture profondément humaine. Une lecture artistique de l’idiotie. C’est cette lecture de l’idiotie que le diariste entreprend en tenant son journal.

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Mercredi 15 avril

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Il y a un esprit d’analyse qui me sauve. Je fais usage de cet esprit d’analyse pour me guérir de mes blessures. Pour me guérir de la morsure de mon double. J’écris pour avoir moins à souffrir de cette morsure. Je la pense poétiquement pour la rendre ainsi supportable. Pour faire ainsi qu’elle est pour moi un sens positif à être. Pour qu’elle soit pour moi à la source de mon pouvoir créateur de poète idiot. Je lui fais ainsi jouer pour moi un rôle qui me réconcilie avec elle. Je suis sauvé pour cela même que j’aspire à faire cesser en moi. Je me fais ainsi christ de mon idiotie. Ces voix deviennent alors des voix divines. Le chant des oiseaux qui fait de moi un poète. La musique de mon idiotie. Le cri animal de mon corps religieux.

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Je me vis comme un Picasso qui bouderait comme un enfant parce qu’une femme lui a fait du mal en l’accusant d’avoir triché. J’aurais pour me révolter contre ce jugement décidé de ne pas m’enfanter en artiste. J’aurais décidé de faire la grève de l’existence pendant toute ma vie. La grève de l’art. Ne donner aucune oeuvre. Me taire. Choisir le silence comme la meilleur arme pour dénoncer le fascisme du coeur de Madame de la Critique de la Raison Pure. Me murer dans le silence de la création et faire de ce silence un cri assourdissant. Un cri pour dénoncer mon double et ainsi me mettre moi-même à mort. Me brûler moi-même dans le feu de l’idiotie. Pour brûler ainsi Madame de la Critique de la Raison Pure.

Je pense ici à ma toile « Brûlé vif ».

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Jeudi 16 avril

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La vidéo Dialogue entre un corps et une langue : elle rend visible la parole. Le discours symbolique qui nous en se déroulant les discours réel, le discours imaginaire et le discours symbolique.

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Dans quelle mesure le fait de suivre une analyse fait que celui qui accepte ainsi de se faire analyser renonce à une certaine forme de pureté humaine ? Renonce à un possible esprit de révolte. La psychiatrie est une instance sociale de pouvoir et de contrôle. Il y a un rapport de domination entre un patient et son soignant. Aie-je ainsi renoncer à ma révolte en laissant Nathalie Georges analyser mon esprit ? Je ne pense pas. Je pense que cela m’a permis avant toute chose de rester en vie. Je pense que je suis resté libre parce que Nathalie Georges m’a laissé rester libre par son ouverture d’esprit et son goût pour l’art. Et les médicaments que je prends ? Ne parle-t-on pas de camisole de force chimique ? Si il y a en moi ce « je me parle les autres » c’est bien parce que j’ai accepté ainsi l’autre en moi-même. Parce que j’ai accepté de me soumettre mon esprit à une analyse et de prendre un traitement médicamenteux agissant sur mon esprit en neutralisant sa puissance de révolte. Mais pouvais-je faire autrement ? Cela signifie-il que ce que j’écris ça ne sera jamais que des écrits pathologiques de bourgeois psychotique en analyse ? Ma soumission à l’art de l’analyse a-t-elle détruit à tout jamais ma capacité à me révolter et à devenir un artiste ?

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La voie qu’il m’a été donné de vivre était donc la seule qui puisse m’amener à pouvoir me réaliser amoureusement en devenant un artiste. A pouvoir devenir un poète idiot avec le soutien de ma famille et de mes amis. En suivant ce chemin j’ai pu accéder à un sens politique de l’existence en comprenant que le monde est coupé en deux et que les idiots sont là pour vivre héroïquement cette coupure dans la chair. Pour se faire animalement les christs de cette coupure amoureuse du monde en deux camps politiques. Le fascisme du coeur coupe bien ainsi amoureusement le monde en deux et les poètes idiots sont là pour le dire.

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Un triangle anti-oedipien. Un triangle artistique rendu possible par la figure du père. Le père a remplacé Dieu. C’est lui désormais qui rend possible l’écriture artistique. Une écriture à la fois contre et pour le père. A la limité entre le pour et le contre le père. C’est cela l’écriture de l’idiotie. Une écriture sur une lame de rasoir. L’écriture pour le père : l’écriture du « je me parle les autres ». L’écriture de la foi. L’écriture de la persuasion. L’écriture contre le père : écriture du « je parle les autres ». L’écriture de la rhétorique. L’écriture du rationalisme. Et l’écriture de l’idiotie entre le « je me parle les autres » et le « je parle les autres ».

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Mon jeu informatique « Le jeu de l’idiotie » : un jeu cabalistique. On part à la recherche du nom de Dieu. On part à la recherche du nom de celui qui est à l’origine de la langue. Un nom qui ne peut pas être prononcé. Un mot introuvable.

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Samedi 18 avril

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Je viens de regarder mon tapuscrit « Remarques autour de la spécifié de l’idiotphysique ». Je parle dans ce texte du mot idiot comme étant l’objet a. Je me rends bien compte que cela est complètement faux. L’objet a c’est le fantasme. Le mot idiot c’est bien plutôt je crois l’Un. C’est le sujet de l’inconscient. Je me dis du coup que toute ma lecture dans ce texte est profondément erronée. Que ma réflexion sur l’idiotphysique s’appuie sur une mauvaise compréhension de concepts qui sont à la base de la théorie lacanienne de la psychanalyse alors même que je me réclame poétiquement de ma pratique de l’analyse. Une suite de contre-sens donc qui fait des ces textes de très mauvaises copies d’écolier.

Mais n’est-ce pas là justement ce qui les rend intéressante ? Je ne prétends absolument pas écrire de la psychanalyse. Je prétends écrire une poésie capable de s’en prendre au monde de   la rationalité pratiquée par les sciences humaines. Ce sont là de mauvais romans de chevalerie pour le Don Quichotte que je suis mais c’est bien cela qui justement fonde leur intérêt. Ce sont les copies d’un personnage dont je veux raconter la vie dans mes journaux. Je crois à la force poétique de ce personnages. A la force poétique de sa mauvaise compréhension du monde. Il comprends les concepts des sciences humaines de travers mais c’est justement cela même qui le rend capable d’écrire poétiquement le monde. Il enchante le monde la rationalité avec ses erreurs de mauvais élève de cette rationalité. Il dénonce avec ses mauvaises copies de chevalier la folie de ceux qui cherchent à rationaliser le monde. Je veux lutter avec la folie de ces mauvaise copies contre la folie des bons élèves qui cherchent eux avec leurs bonnes copies à désenchanter rationnellement notre monde.  Je lutte ainsi tragiquement avec ma mauvaise compréhension du monde contre leur bonne compréhension du monde. C’est que je veux ainsi lutter artistiquement contre le désenchantement du monde. Contre la dépolitisation du monde opérée par le rationalisme des sciences humaines.

Il nous faut des individus capables ainsi de mal orthographier la langue pour que l’art reste possible. Il nous faut des êtres capable de ne pas se socialiser pour qu’ils soient dans le groupe ceux qui rappelleront aux hommes normaux du groupe que leur normalité est juste capable de dépoétiser le groupe. De le vider de toute possible pratique artistique. De toute possible révolte. Il nous faut des poètes pour ne pas oublier que nous sommes aussi des animaux capables de penser poétiquement notre animalité. Des êtres vivants capables de vivre religieusement notre existence animale pour nous faire ainsi des créateurs. Des êtres vivants capables ainsi d’idiotie et pour cela capables de faire parler l’idiotie du monde : la voix divine de l’existence animale des êtres incapables d’amour que nous sommes tragiquement condamnés à rester. Les poètes idiots sont là pour faire entendre visuellement aux autres hommes cette voix divine que nous portons tous en nous-mêmes en tant que nous sommes tous tragiquement condamnés à vivre l’existence amoureuse comme un drame raconté par un poète idiot.

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Je pense à François Villon. Il a été un criminel. Je suis moi aussi un poète parce que j’ai moi aussi à souffrir d’être un criminel de l’amour. Si je n’étais pas un mangeur de femmes je n’aurais pas à être ainsi un poète. C’est mon incapacité à aimer et à être aimer en dehors de la logique désirante du mangeur de femmes qui fait que je suis un révolté. Pas de vie bourgeoise pour moi. Je dois vivre le martyr d’une exclusion amoureuse continue. C’est sexuellement que je suis condamné à porter ma croix de crucifié de l’amour. Ma poésie est ainsi nécessairement une poésie de l’amour. La poésie est pour moi une activité amoureuse. La seul activité amoureuse qui me soit possible. La seule façon pour moi de me sortir de mon existence tragique de damné de l’amour. Le sentiment amoureux de la vie qui m’habite c’est pour moi le sentiment religieux de mon existence de poète idiot. Je vis religieusement l’amour que je me porte à moi-même car c’est cet amour qui me permet de pratiquer amoureusement une écriture poétique de la vie.

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Dimanche 19 avril

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Sortir du « je parle les autres » avec la violence du « je me parle les autres » Je me parle les autres par désir de parvenir ainsi à n’avoir plus à parler les autres. Je fais ainsi tourner indéfiniment ma langue sur elle-même. Je suis le Sisyphe de ma langue. Condamné animalement à faire ainsi indéfiniment tourner en moi le discours du Madame de la Critique de la Raison Pure. Ce discours est pour moi un rocher que je suis condamné à faire rouler. La violence du je parle les autres c’est la violence du silence de lui qui cherche  à briser le mur du langage. La violence d’un Sisyphe qui se révolte contre sa condamnation à faire rouler indéfiniment son rocher.    

La violence du « je me parle les autres » c’est la violence du corps de celui qui se jette physiquement contre le mur du langage pour tenter ainsi de passer de l’autre côté. La violence du « je me parle les autres » c’est la violence d’une parole, celle du corps. Le corps cherche ainsi à parler une autre langue que celle que du « je parle les autres ». Le corps cherche ainsi à échapper au discours rhétorique de la langue du groupe pour tenter de parler de façon persuasive. Pour tenter de parler de façon singulière. Parler ainsi non pas rhétoriquement mais par persuasion. Parler à partir du corps. Parler avec la foi du corps.

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Lundi 20 avril

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Mon écriture consiste ainsi bien en une sorte de troisième viol :  le viol symbolique. Le viol que le poète pratique et qui est le signe même de la réalisation poétique de son existence. Le poète viole sans la langue en se parlant les autres. Il veut ainsi jouir de sa langue. Il veut ainsi s’enfanter par sa langue comme une oeuvre d’art à réaliser poétiquement. Il y a là une pratique incestueuse du langage qui est rendu possible par le viol imaginaire du double et le viol réel de l’individu. Il y a ainsi un enchaînement de viol qui s’entrainent les uns et les autres à se réaliser. Une sorte de chaine de viol. C’est là un mouvement continue dans mon être. C’est l’enchainement poétique en moi de mes pensées animales qui est le signe de cette chaine de viols à réaliser de façon imaginaire, réelle et symbolique.

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Le viol symbolique : le viol que je fais subir à la langue en pratiquant une écriture de la transparence. Le viol du « je me parle les autres ». Je viole ainsi la langue collective avec la nudité de ma langue singulière.

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La raison du viol symbolique c’est le désir de parvenir à  sortir d’une langue-prison pour parvenir à penser cette langue-prison dans une langue extérieure à elle.

La jouissance que nous procure le viol est la marque de cette possibilité de sortir de soi pour se rêver ainsi autre que son autre. On peut sortir de soi de façon imaginaire et cela nous procure alors une jouissance imaginaire. On peut sortir de soi de façon réelle et cela nous procure alors une jouissance réelle. On peut enfin sortir de soi d’une façon symbolique et cela nous procure alors une jouissance symbolique.

La jouissance de l’idiotie c’est la jouissance symbolique en tant que la réalisation de cette jouissance est toujours en même temps réalisation aussi d’une jouissance imaginaire et réelle. En sortant de soi symboliquement on parvient toujours en même temps à sortir de soi de façon aussi imaginaire et réelle.

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Je parle la langue de mon autre pour faire naitre en moi le désir de parler une autre langue que cette langue de mon autre. C’est de ce désir que né l’autre de mon autre c’est-à-dire la possibilité pour moi de me dire singulièrement et non plus seulement collectivement.

C’est l’autre de mon autre qui me permet de me rendre transparent à moi-même en me faisant parler la langue de l’autre dans sa langue. Non plus la langue d’un auteur de l’idiotie mais la langue d’un lecteur de l’idiotie. C’est en lisant ainsi l’idiotie dont je suis l’auteur que je me fais auteur de mon existence animale de poète idiot.

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Je parle les autres : Madame de la Critique de la Raison Pure parle en moi les autres. C’est mon double qui parle en moi les autres.

Je me parle les autres : l’autre de mon double parle en moi les autres à moi-même. C’est ce moi-même qui écrit en écoutant l’autre de l’autre lui parler. Ce moi-même est-il le sujet de l’inconscient ? Est-ce le sujet de l’inconscient qui rédige la parole de l’autre de l’autre en écoutant en lui-même cette parole ?

Est-ce ainsi que le sujet de l’inconscient en vient en nous-même à composer les rêves que nous faisons ? Le sujet de mon inconscient note-t-il ainsi les pensées animales qui me traversent tout comme il en vient à rédiger les scénarios des rêves que je fais la nuit ? Le poète est-il ainsi une sorte de rêveur éveillé ?

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Le sujet de l’inconscient c’est celui qui écrit les rêves. Le sujet du conscient c’est celui qui écrit les journaux. Ils peuvent se faire un seul et même sujet par la magie de l’idiotie. C’est l’Autre de l’Autre qui parvient ainsi à ce qu’ils se fassent un en lui. L’Autre de l’Autre est l’Un qui fait être un le sujet de l’inconscient et le sujet du conscient.

L’Autre de l’Autre : l’Idiot. Le sujet de l’inconscient et le sujet du conscient se font un en la figure de l’idiot. L’idiot c’est ainsi l’un qui a pour Père l’Un c’est-à-dire l’Idiot.

La vérité de Madame de la Critique de la Raison Pure et de l’Autre de l’Autre est une vérité collective. Une vérité du groupe. Une vérité divine. La vérité de l’idiot est une vérité singulière. Une vérité de l’individu.

L’écriture de l’un : une écriture à la fois consciente et inconsciente et pour cela transparente. Une écriture qui rend conscient l’inconscient et inconscient le conscient. Une écriture inversée par le miroir de l’idiotie. Une écriture transparente à elle-même.

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L’Idiot : l’Autre de Madame de la Critique de la Raison Pure.

L’idiot : l’autre du mangeur de femmes. L’autre du fantasme. Le fils de l’Autre. C’est l’Idiot qui engendre l’idiot et ainsi rend possible l’écriture de la transparence. L’idiote rêve et ne rêve pas, il fait les deux en même temps lorsqu’il écrit. Il se meut sur la surface symbolique de l’idiotie. Il parle ainsi symboliquement  du réel et de l’imaginaire. Il est le sujet de la parole de l’idiotie.

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Je m’interroge sur le rapport que je dis exister entre l’objet a c’est-à-dire mon fantasme de mangeur de femme et l’idiot c’est-à-dire le sujet de l’écriture de la transparence. J’ai écrit que l’idiot est l’autre du mangeur de femmes. L’autre de l’objet a ?

L’écriture de la transparence est une écriture qui chez moi met à nu mes fantasmes de mangeur de femmes. Une écriture qui donne à voir ces fantasmes en miroir. En mes réfléchissant dans le miroir de cette écriture. Le miroir de l’idiotie ?

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Madame de la Critique de la Raison Pure exige de moi que je réalise pour elle mes fantasmes de mangeur de femme. C’est mon double qui me pousse ainsi à réaliser ainsi mon objet a pour le nourrir ainsi avec la réalisation animale de cet objet a. L’Autre de mon Autre lui me pousse à réaliser mon écriture de la transparence pour que je puisse le nourrir avec cette langue de la transparence que l’autre réalise par la magie de l’idiotie.

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Mardi 21 avril

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J’ai repensé en faisant la vaisselle à la question du nom du Père. C’est l’autre du mangeur de femmes qui se nomme idiot et qui ainsi nomme l’Autre de l’Autre l’Idiot. C’est le fils qui nomme le Père. C’est l’idiot qui nomme l’Idiot. C’est le Christ qui donne son nom au Père. Il donne se nom en découvrant son propre nom par la magie de l’idiotie. L’idiot surgit parce que le sujet de l’inconscient devient le sujet du conscient et le sujet du conscient devient le sujet de l’inconscient.  C’est ainsi que l’idiot surgit. C’est ainsi qu’il advient à lui-même en se nommant idiot et que donc il peut ensuite se dire fils de l’idiot c’est-à-dire nommer son Père l’Idiot. Il faut donc traiter la question du Nom du Père à partir de l’autre de l’objet a. C’est l’autre du fantasme qui nomme Dieu. L’écriture de la transparence : l’écriture du sentiment religieux de l’existence. Il faut penser la réalité du fantasme pour parvenir à cette écriture de la transparence. Il faut analyser matériellement la nature amoureuse de son sentiment religieux de l’existence pour pouvoir ainsi être en mesure de nommer l’Origine de son origine. Sans pratique amoureuse du fantasme l’origine ne peut pas ainsi se saisir poétiquement en se nommant ainsi animalement. Seule la pratique amoureuse du délire peut permettre à l’origine de se saisir elle-même origine en se nommant elle-même avec le nom qui lui permettra de nommer l’Autre de l’Autre. Il faut se faire mangeur de femmes pour se rendre capable de nommer l’autre du mangeur de femme. C’est l’activité amoureuse du mangeur de femme qui permet à l’origine de faire l’expérience animale du surgissement de son nom.

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En écoutant l’émission sur Nicolas de Cues j’ai pensé à l’analogie qu’il y avait entre la mystique religieuse et la mystique psychanalytique. Entre le Dieu macroscopique de la religion catholique et le Dieu microscopique de la religion psychanalytique. Je me rends compte que tous les outils d’analyses mystiques utilisés par des gens comme Nicolas de Cues ou Maitre Eckhart peuvent être réutilisés pour penser le psychisme de l’homme moderne. Dieu est en nous. Il y a du religieux en nous. Il faut penser religieusement notre structure désirante. Le poète idiot pratique animalement une mystique de l’intériorité.

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Jeudi 23 avril

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Un journal : je dialogue avec moi-même. Un dialogue qui me permet de développer ma philosophie. Une philosophie solipsiste. Une philosophie idiosyncrasique. Je développe ma propre philosophie animale de l’existence.

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Vendredi 24 avril

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Je pense que je suis en train avec ce journal de développer l’idée qu’on puisse parler d’une pandémie de mots. Une pandémie linguistique. Une pandémie de lecture. Une pandémie de parole du « je parle les autres ». Une marée de parole qui emporte tout sur son passage. Un torrent de commentaires qui rend impossible la pensée d’un auteur. On croule sous les commentaires. On n’a plus accès aux oeuvres qu’à travers les commentaires. Nous vivons dans un monde où les lecteurs sont tout puissants.

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Samedi 25 avril

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Je pense la pandémie du « je parle les autres » comme un phénomène amoureux généralisé. C’est ce phénomène amoureux qui mène à l’idiotie pathologique. Je me bas moi poétiquement contre ce phénomène en pratiquant poétiquement le « je parle les autres » à travers mon « je me parle les autres ». J’essaye ainsi de rendre possible une idiotie créative à partir de l’idiotie pathologique dont j’ai fait l’expérience suite à ma condamnation par le virus de l’idiotie de la pandémie du « je parle les autres ». Mon idiotie créative est ainsi une sorte de vaccin que je pratique continument sur moi-même pour ne pas sombrer dans une idiotie pathologique définitive. J’oppose ainsi à la pandémie du « je parle les autres » une pandémie du « je me parle les autres ». Je traite la maladie du « je parle les autres » à l’aide de la maladie du « je me parle les autres ». Je lutte ainsi moi-même contre moi-même.

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Je transforme avec l’écriture de ce journal la pandémie de « je parle les autres » dont je fais pathologiquement l’expérience en une pandémie du « je me parle les autres » que je cherche à développer poétiquement. C’est ainsi que je transforme mon idiotie pathologique en une idiotie créative. J’échappe ainsi à ma propre idiotie en me faisant poète idiot.

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Nous vivons dans un monde où ce genre de violence informatique est tolérée. Il est toléré ainsi de violer informatique ment l’esprit des autres. Un professeur peut en toute impunité travailler ainsi à violer mentalement l’esprit de l’un de ses élèves.

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L’idiotphysique c’est la science de cet esprit que je suis devenu mentalement. J’ai pour esprit cette science. C’est avec cette science que je résiste poétiquement contre les attaques informatiques des Madames de la Critique de la Raison Pure. Je me protège ainsi religieusement contre un certain usage négatif de la rationalité. Contre l’usage que les Madames de la Critique de la Raison Pure font de leur sorte de rationalité. La rationalité du fascisme du coeur. Une  rationalité au service du mal. Il s’agit d’étrangler les poètes avec cette rationalité pour en faire des idiots et ainsi les réduire au silence. Madame de la Critique de la Raison Pure a travaillé avec sa rationalité à me neutraliser socialement pour ainsi me mettre hors d’usage de nuire au rationalisme du fascisme du coeur. Une rationalité animale. Une rationalité monstrueuse. Une rationalité servant à défendre les petits intérêts bas de ceux pour qui l’idiotie ne peut être qu’une hérésie à combattre animalement l’aide de la rationalité du fascisme du coeur. J’ai moi pour lutter contre cette rationalité animale la rationalité poétique du sujet de mon inconscient. Je me défends ainsi analytiquement contre l’esprit de mon double. Je combats la rationalité de madame C. en combattant poétiquement la rationalité animale de mon double. C’est à l’aide de l’Autre de mon Autre que je m’en prends ainsi à mon double c’est-à-dire à mon Autre. A ce qui reste en moi de la brûlure que madame C. m’a fait subir à s’introduisant animalement dans mon être intime. Je parle avec la langue de l’Autre de mon Autre une langue capable de s’en prendre à la langue de mon Autre. Je parviens ainsi à parler la langue de l’Autre comme une langue étrangère à désapprendre. Mon travail est en effet d’apprendre à ne plus parler la langue du fascise du coeur. Mon travail est de parvenir à penser cette langue comme celle d’un autre et d’un autre à combattre poétiquement.
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Lorsque j’écris poétiquement mes pensées animales c’est bien aussi une sorte d’émission radiophonique que j ‘écoute. J’écouté poétiquement la radio animale de mon être. Mon corps se fait lecteur de mon existence animale et il me rend ainsi compte poétiquement des lectures animales qu’il fait de mon existence au cours de ces sortes d’émissions radiophoniques que sont mes méditations idiotes.

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Lundi 27 avril

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Au fond je ne peux pas écrire parce que je suis obligé de parler. Je ne peux pas penser parce que je suis obligé de parler. Je suis pris en permanence dans le mouvement de ma parole. Dans le mouvement de mon « je parle les autres ».

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Je nage oralement dans le sens de ce courant du « je parle les autres » en « me parlant les autres ». Je me parle les autres : Je nage ainsi dans le sens du mon « je parle les autres ». Je nage ainsi dans le sens du courant de ma parole.

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Mardi 28 avril

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Les partouzes dont parle Antonin Artaud dans son livre Van Gogh le suicidé de la société. Les bourgeois se donnent un vilain plaisir à lapider le faible. A mettre en croix l’idiot pour en faire un christ. C’est ainsi que madame C. et les autres professeurs de la khâgne ont travailler à me crucifier pour faire taire ainsi l’aliéné authentique que je prétendais être. Pour réduire mon idiotie créative à n’être plus qu’une idiotie pathologique. Je suis resté pour vivre jusqu’au bout la logique animale de cette mise à mort sociale de moi par le groupe. Pour vivre en christ le chemin de croix de mon idiotie. Pour comprendre ainsi le sens profond de l’homme. Madame de la Critique de la Raison Pure a demandé ainsi à ce qu’on lui apporte ma tête sur un plateau.

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Mes journaux rendent compte de ce travail de traduction de mon existence racontée par Madame de la Critique de la Raison Pure en une existence raconté par l’idiot. C’est l’idiot qui accomplit ce travail de traduction. L’idiot surgit lorsque le sujet de l’inconscient et le sujet du conscient se font un seul et même sujet. C’est ainsi que l’idiot en mesure de traduite l’existence inconsciente en une existence consciente. L’existence racontée par Madame de la Critique de la Raison Pure : une existence inconsciente ? L’existence racontée par l’idiot : une existence consciente ? Le procédé de traduction fonctionne parce que l’idiot est capable de se penser idiot et ainsi peut être prononcer par l’idiot le nom du Père. C’est parce que l’idiot est en mesure de nommer Idiot l’Autre de l’Autre qu’il est ainsi en mesure de traduire l’existence racontée par l’Autre en une existence raconté l’autre de l’objet a c’est-à-dire l’idiot.

Le procédé de traduction dont Deleuze parle dans Critique et clinique. C’est le procédé de l’idiotie : le procédé qui consiste à traduire la langue que parle en moi mon double en une langue que je me parle à moi-même et pour parler ainsi aux autres. Je parle cette langue de l’idiotie pour ainsi n’avoir plus à parler la langue de mon double. C’est ainsi que j’écris pour lutter contre mes voix. L’écriture est le remède le plus efficace que je connaisse pour me sortir de l’enfer de mes voix. Je pratique ainsi une écriture de la transparence pour échapper à mon double. C’est l’écriture de l’autre du mangeur de femme. Il faut manger des femmes pour entretenir ainsi en moi la possibilité salvatrice de cette écriture de la transparence.

Il y a ainsi en moi sans cesse deux langues. La langue de mon double et la langue de l’idiot : la langue du « je parle les autres » et la langue du « je me parle les autres ». Je cherche en permanence à traduire l’une dans l’autre. A traduire ma langue maternelle en une langue à me parler à moi-même ? La langue du « je parle les autres » : la langue maternelle. C’est ainsi que ma mère m’a appris à parler . La langue du « je me parle les autres » : la langue de l’idiot. C’est ainsi j’ai appris à parler à moi. Mon idiotie est créative parce qu’elle est capable de traduire ainsi ma langue maternelle en une  langue à parler à moi. C’est ma mère qui m’a ainsi appris à parler les autres. Elle m’a appris cela pour apprendre à parler aux autres. Pour me désapprendre à parler à moi-même. Et c’est ainsi qu’on a travaillé à m’empêcher de me parler à moi-même. J’ai du faire l’expérience de l’idiotie pour parvenir ainsi faire l’expérience de mon « je parle les autres » et pouvoir ainsi me restituer à moi-même en traduisant mon existence pathologique en une existence salvatrice. En traduisant ma langue aux autres en une langue à moi-même. Pour  apprendre ainsi à exister ainsi pour moi-même. J’ai pris ainsi conscience de mon existence. Moi qui vivais jusqu’ici de façon inconsciente j’ai appris à vivre de façon consciente en pensant l’existence de mon double dans l’existence de mon idiot :  c’est ainsi que je me suis inventé la possibilité d’une existence d’idiot en liberté.

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Mercredi 29 avril

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La lecture animale de la folie contre la lecture sociologique de la folie. L’idiotie créative contre l’idiotie pathologique. Madame de la Critique de la Raison Pure contre madame C. Je veux croire en un possible sens poétique de l’existence animale et c’est cela qui m’a donné la force d’écrire Madame de la Critique de la Raison Pure. Qui m’a donné la force de penser ainsi positivement la nature de mon double. J’ai travailler ainsi à défendre la possibilité d’une pensée animale pour l’opposer à la possibilité d’une pensée sociologique. L’idiotphysique contre la sociologie. L’idiotphysique est la science animale de l’être. Le sujet qui pense animalement  s’oppose au sujet qui pense sociologiquement de telle façon que ces deux sujets entrent en conflit l’un avec l’autre chez un même individu. Plus un individu pense sociologiquement et moins il pense aniamlement et plus il pense animalement et moins il pense sociologiquement. Certains êtres pensent de façon exclusivement animale : ce sont les artistes. Certains individus pensent de façon exclusivement sociologiques : ce sont les sociologues.

Le « je parle les autres » c’est ce qui reste en moi du sujet qui en moi s’efforçait de penser sociologiquement. Le « je me parle les autres » c’est la parole en moi de l’artiste qui résiste à la pensée sociologique. Madame de la Critique de la Raison Pure voudrait me réduire à ne pouvoir exister que comme un sujet capable de penser sociologiquement. Elle considère nécessairement pathologique la possibilité d’une idiotie créative. Le « je me parle les autres » est pour elle un phénomène pathologique. L’art est un phénomène pathologique pour Madame de la Critique de la Raison Pure. Elle pense cela alors qu’elle existe elle-même de façon artistique. Elle fait exister artistiquement sa personnalité d’être une Madame de la Critique de la Raison Pure au service de la pensée sociologique. Elle s’en prend ainsi animalement à elle-même d’où son sadisme. Elle combat sa propre cause ce qui la rend sadique vis-à-vis de ceux qui s’essayent à vivre de façon animale comme elle et non sociologique comme elle se rêve elle-même vivre. Elle est coupée en deux négativement là où l’idiot est coupé en deux positivement.

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Jeudi 30 avril 

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Je me libère de l’emprise de Madame de la Critique de la Raison Pure en travaillant à penser la vérité de ce double pour moi. Il est pour moi comme une sorte de cancer de l’âme. Une tumeur mentale qui lentement me dévore. Qui continument me brûle à petit feu. Je dois apprendre à vivre avec cette brûlure en moi. Je dois apprendre à vivre avec ces voix en moi. C’est pour pouvoir les supporter que je travaille ainsi sans cesse à les analyser. Que je travaille sans cesse à tenter de penser rationnellement mon double. Je suis ainsi en permanence en rapport avec moi-même à travers la relation qui me lie à mon double. Je rationalise en permanence tout ce que je fais et tout ce que je pense pour lutter ainsi poétiquement contre cette tumeur qui me dévore physiquement et mentalement. Je pense tout ce que je fais avec la vérité de mon comportement physique de mangeur de femmes et  tout ce que je pense avec la vérité de mes pensées animales de poète idiot et je travaille ainsi à rendre consciente la relation à mon double qui ne cesse pas inconsciemment de me dévorer. C’est ainsi que je parviens à devenir positivement monstrueux en déroulant animalement le fascisme du coeur de mon double. En travaillant ainsi à dénoncer poétiquement le fascisme du coeur de ma Madame de la Critique de la Raison Pure je parviens à donner un sens salvateur à la réalisation de ma folie. Je parviens ainsi à donner à mon idiotie pathologique le sens d’être pour moi une idiotie créative. Et c’est ainsi que je me fais poétiquement monstrueux c’est-à-dire positivement idiot.

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Samedi 2 mai

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Je travaille à lire ma pandémie linguistique. C’est ma façon à moi de lutter poétiquement contre le virus de l’idiotie. 

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Mardi 5 mai

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L’idiotphyique : la science de l’existence. Il s’agit d’interpréter l’existence comme un rêve. Déchiffrer comme on déchiffre un rêve la langue de l’existence.

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C’est le « je parle les autres » qui fait tourner les roues de la machine à mots. La force du « je parle les autres ». La machine à mots tourne ainsi toute seule. Le « je me parle les autres » est là pour tenter de contrôler ce « je parle les autres ». Pour contrôler poétiquement le mouvement de la machine à mots.

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Le « je parle les autres » : une métaphore de la langue qui donne à voir le visage rhétorique de la langue.

Le « je me parle les autres » : une métonymie de la langue qui donne à voir le visage persuasif de la langue.

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Jeudi 7 mai

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Je suis un Jacques Rigaut qui se fait durer. Je fais durer mon existence animale de poète idiot par pratique de diariste. Je contourné ainsi la nécessité animale pour moi de me suicider poétiquement. Je parviens ainsi à me survivre indéfiniment. Je survis en permanence à ma propre mort. Je ne cesse pas de mourir et de survivre à cet état de mort permanente. Ma pratique de l’écriture m’aide bien ainsi à désamorcer la bombe animale que je suis poétiquement pour moi-même. Je me contrôle artistiquement et j’enregistre par l’écriture de mes journaux cette existence-expérience de mort permanente de telle façon que je parviens à en faire une oeuvre d’art. Je me résiste ainsi poète par l’écriture. Je m’invente ainsi artiste par l’écriture.

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Mon Journal d’un combat est devenu un Journal d’une pandémie. Il fait ce soir 299 pages. Je pense la pandémie actuelle comme un pandémie linguistique : une pandémie de discours de lecteurs pour moi. De « je parle les autres ». Une pandémie d’émissions radiophoniques qui a envahi l’écriture de mon journal d’un combat jusqu’à le faire changer de nom …

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Samedi 9 mai

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Je viens de surfer sur les images de Baudelaire. Je me suis vu en regardant ces images comme un poète qui avait renoncer à sa mission d’être poète ici-bas. Je me suis sent juger par le regard de Baudelaire qui est le prince des poètes maudits. C’est ainsi que je l’ai vu m’accuser de n’avoir pas répondu à la main que ma tendu Jean-Luc Parant. J’ai fait ainsi de ce poète qui voulait m’accueillir un ennemi. C’est que j’ai préféré pouvoir continuer à vivre dans le confort bourgeois de ma famille plutôt que d’avoir à renoncer à ce conforts matériel en choisissant de rompre avec ma famille au nom de mon destin de poète. Je n’ai pas eu ainsi le courage de traverser les affres de la création et de faire l’expérience de la misère matérielle qui nécessairement accompagne l’aventure d’un poète. Je me suis arrêté à mi-chemin dans mon aventure. J’ai même je crois fini par rebrousser chemin pour retourner dans ma famille en redevenant ce bourgeois que j’avais d’abord voulu commencer à dénoncer. Je suis ainsi désormais un être à tout jamais incapable de créations. Un être ayant trahi le rêve de son enfance. De mon corps de poète sculpté artistiquement il ne reste plus aujourd’hui que le cadavre du bon gros bourgeois que je suis devenu physiquement et mentalement. Vraiment ?

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Lundi 11 mai

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Il est 17h44. Je viens de lire de longs passages de mon texte Journal amoureux. Je me rends bien compte que je ne sais pas écrire littérairement. Que je ne sais que parler. Que je fais donc dans cet texte qu’enregistrer par écrit le récit oral de mes journées. J’utilise l’écriture comme un magnétophone pour enregistrer mes paroles. Je me dicte ainsi à moi-même le récit de mon existence. Ça donne je crois un résultat assez curieux. Un texte impur. Un texte oral. Pas un texte à lire mais un texte à écouter ?

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Mardi 12 mai

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Je me rends compte que si je parvenais à me socialiser parfaitement alors je cesserais tout aussi parfaitement d’être un artiste. C’est parce que je suis amoureusement un mangeur de femme que je suis un capable de créer. C’est parce que je ne suis pas socialiser amoureusement comme les autres que je suis capable d’une idiotie créative. Il me faut donc continuer à délirer si je veux pouvoir continuer à pratiquer artistiquement mon idiotie. C’est pour cela que je ne veux pas devenir un père de famille bourgeois. C’est pour cela que je veux rester sexuellement un dissident. Il me fait rester amoureusement un outsider. Il me fait donc ici résister à la pression sur moi de la famille et de la société pour me rendre normal comme sont normaux la plupart des individus du groupe. Je dois être capable de m’émanciper amoureusement de ma famille et de la société dans laquelle je vis pour pouvoir espérer me faire le créateur d’une oeuvre véritable. Je tiens ainsi ce journal intime pour rendre visible toutes les faces de cette guerre que je dois mener au nom de l’art contre une certaine forme de normalité sociale neutralisante. C’est ainsi que d’une certaine façon il faut que je me donne le droit d’être un fasciste du coeur. Y a-t-il une vie d’artiste véritable possible sans fascisme du coeur ? Cette question rend visible l’existence tragique que tout artiste se doit de mener au nom de ses créations. Pas de pouvoir créateur c’est monstruosité animale réalisée poétiquement. Pas de pouvoir créateur sans fascisme du coeur ?

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Pour pourvoir espérer aimer simplement il faut n’être capable que de parler les autres et être sans distance aucune avec sa propre parole amoureuse. Il ne faut absolument par interroger son « je parle les autres » à l’aide d’un « je me parle les autres ». Toute question animale sur sa parole ne peut ici qu’être meurtrière pour la possibilité pour soi et pour l’autre de l’amour. C’est bien ainsi linguistiquement que je suis condamné à être un criminel de l’amour. C’est la façon même dont je parle qui rend pour moi impossible une relation amoureuse. La façon même dont je pense animalement ma parole amoureuse.

La pratique de l’analyse m’a permis de prendre conscience de tout cela et ainsi de n’être plus amoureusement un danger pour les autres. Cela est une très bonne chose pour moi. Avoir compris que je ne suis que capable de jouer avec une femme comme un chat joue avec une sourie. De façon perverse. Je suis juste capable de faire souffrir affectivement les femmes. Je ne sais traiter les femmes que comme de beaux objets que l’on pet s’essayer à convoiter amoureusement. Je ne sais pas traiter humainement les êtres humains. Je suis juste capable de leur dévoilé intimement ma monstruosité animale.

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Mercredi 13 mai

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Un crime invisible. Une souffrance invisible. Le poète idiot s’en prend au brouillard. Il se bat avec des fantômes et pour cela les autres considèrent qu’il a perdu la raison. Et Madame de la Critique de la Raison Pure se réjouit de cela. Elle se réjouit de voir que je suis tombé dans son piège machiavélique. C’est que elle aussi elle pense au lieu de parler et elle parle au lieu de penser.  C’est cela même qui fait d’elle un fantôme. Un fantôme comme j’en ai aussi été un avant de travailler à me déconstruire poétiquement. C’est qu’elle vit elle aussi pour l’image qu’elle cherche à donner d’elle-même aux autres. Elle ne vit que pour ce miroir. D’où son fascisme du coeur. La seule façon pour moi de m’en prendre à elle ça a été de travailler à me déconstruire poétiquement. Je m’en suis pris au fantôme de Madame de la Critique de la Raison Pure en travaillant à ne plus être moi-même un fantôme. C’est en me dégageant de l’emprise de mon double sur moi que je suis parvenu à me dégager de l’emprise sur moi de madame C. C’est ainsi que je suis parvenu à penser le viol qu’elle m’a fait subir. Le viol silencieux d’un fantôme par un autre fantôme. C’est parce que je n’étais moi-même pas capable de penser et de parler que j’ai eu à subir de la part de cette femme cette violence du je ne parle pas et du je ne pense pas. Elle m’a frappé avec sa folie. C’est avec sa folie qu’elle a travaillé à rendre folle ma propre folie et cela pour me tordre définitivement le cou. Pour m’empêcher à tout jamais de dénoncer viol qu’elle m’a fait subir. Elle m’a violé pour m’empêcher de dénoncer son viol. C’était là toute la raison d’être de sa violence à mon égard : jouir de son impunité. Jouir de pouvoir ainsi travailler silencieusement à me tordre le cou.

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J’ai fait le choix dans ce journal de parler de la sorte de vie d’artiste que je mène. Est-ce que je ne fais pas ainsi une critique de l’art ? Est-ce que ne montre pas ainsi que plus rien n’est possible dans le domaine des arts plastiques et que moi je veux être l’artiste qui travaillera à rendre visible cette mort animale de l’art ?

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Je pense ce soir à Francis Giauque. Je me sens ainsi poète idiot. C’est ma façon à moi de parvenir à ne pas me vivre comme un imposteur. La souffrance de mon existence animale est pour moi un critérium de vérité qui m’aide à penser ma vérité d’artiste. Qui m’aide à saisir la vérité de l’idiotie créative qui m’habite. Mon « je me parle les autres » est le cogito qui me permet de me saisir de la vérité de l’art qui m’habite.

Il n’y a pas d’art sans folie. Dans un monde parfaitement socialisé et peuplé exclusivement de gens heureux il ne peut pas y avoir d’artistes vivants. Il ne peut y avoir que des artistes morts et des lecteurs vivant de la mort de ces artistes.

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Ma machine à mots est ainsi une machine à regarder le monde. On fait tourner la langue pour regarder ainsi avec sa langue le monde. L’idiotphyique est le science de cette vision. La vision de poète idiot repose sur l’atomisme de sa langue. Ce sont les mots qui en tournant affectivement font tourner d’autres mots et ainsi nous amène à voir affectivement le monde. Il s’agit de parvenir ainsi à regarder amoureusement le monde.

Je cherche à regarder ainsi amoureusement le monde pour lutter contre ma vision sexuelle du monde. Je veux explorer la vérité sexuelle de ma vision pour travailler à la dénoncer poétiquement. Je me fais jouir en regardant des images de « jeune femme russe en mini-jupe et talon aiguille » pour tenter ainsi de rendre visible en moi le travail de cette vision sexuelle à laquelle je me sens tragiquement enchainée. Je veux chercher amoureusement le sens caché de l’art dans mon addiction au sexe.

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Jeudi 14 mai

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Je veux me rêver poète-scientifique. Pratiquer la poésie comme on peut pratiquer la science. Du coup je suis obligé pour cela de traiter poétiquement la question amoureuse. L’idiotphysique n’est pas cette science amoureuse de la poésie dont je dis ici rêver ?

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Samedi 16 mai

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Je me dis que je suis un Egon Schiele diariste. Que je suis un peintre diariste. Mes journaux sont des images que je peins poétiquement.

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Dimanche 17 mai

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Je viens de surfer sur mon texte Journal amoureux. Je me dis que durant ces deux mois passés à Orsay chez les parents ce sont mes balades « émissions radiophoniques » sur internet qui ont remplacées mes balades de mangeur de femmes. Des émissions radiophoniques à la place de mes promenades-dérives dans Paris.
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Un chouette repas à trois. Moi : la voix de la psychanalyse ; la voix du Fils.  Maman : la voix du yoga ; la voix du Saint Esprit. Papa : la voix de la religion ; la voix de Dieu le Père. Il y a eu durant ce repas un équilibre animale entre ces trois forces. De cet équilibre est né une harmonie familiale dont nous avons pu tous trois profiter pleinement.

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Jeudi 21 mai

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Il est 9h22. Je viens de me raser. Je viens de lire un article sur Yahoo intitulé : « Coronavirus: l'OMS rapporte un nombre de cas record dans le monde en une seule journée ». « 106.000 personnes ont été testées positives au Covid-19 ces dernières 24 heures dans le monde, a révélé l'Organisation mondiale de la Santé ce mercredi, précisant que deux tiers de ces cas avaient été recensés dans quatre pays. » C’est quatre pays serait Les Etats-Unis, la Russie, le Brésil et l’Arabie Saoudite. « Le cap des cinq millions de cas dans le monde sera bientôt atteint ». « Partie de Chine il y a cinq mois, la pandémie de nouveau coronavirus a fait le tour du monde, tuant sur son passage 323.370 personnes, selon un décompte de l’AFP. »

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Bon vent à toi cher journal !

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