Extrait
AUTOUR DE LA SPÉCIFICITÉ DE LA NOTION DE CHRIST ET PAR CONSÉQUENT DE CELLE DE NÉVROSE COMME FORMES DE PENSÉE ET DONC DE VIE

Dieu nous pose la Question. En ce sens, je veux dire au sens où la seule question qui compte vraiment est la question de Dieu, la figure du Christ comme fils (ou anti-fils) de Dieu, en tant qu’à travers elle c’est tout notre rapport à la langue comme système de pensée innervant notre existence qui se pose à nous, mérite que nous lui accordions toute notre attention. Certes il existe une langue qui est langue du Père et tout nous vient de cette langue. Mais la possibilité pour l’Homme donc d’une autre langue et langue humaine donc divine et non plus divine donc humaine, parce que d’abord langue d’un homme donc d’un fils, nous ouvre un nouvel horizon. Oui, il peut y avoir un autre du Père. Oui, le Père, en s’incarnant dans un homme, peut nous amener à nous penser autrement à nous-même donc à penser autrement notre rapport à la langue et ce en nous donnant à penser la possibilité d’une langue de la langue.
C’est donc que Dieu n’est pas seulement Dieu. C’est donc que la Question n’est pas seulement la Question. Que donc il existe peut-être une autre Question. Que peut-être même il existe une Question qui ne soit pas Question de cette Question et ce en se posant à nous comme une anti-Question.
Oui, s’il y a  un Christ c’est qu’il peut y avoir un anti-Christ. Et par la même une anti-langue. Donc un possible métalangage puisque toute anti-langue ne peut se construire que sur un anti-Mythe et que tout anti-Mythe implique la nécessité pour l’homme de sortir de la langue ce qui ne peut avoir lieu que  s’il est possible de mettre en équation la langue dans la langue. C’est-à-dire que s’il est possible de créer un métalangage.
On voit bien ici tout ce qu’implique l’étude de la notion de Christ et donc le pourquoi de l’étude que nous nous proposons de mener ici.
Oui, toute venue d’un Christ s’accompagne de la création d’un Mythe. Et ainsi d’une langue.
Mais cette venue s’accompagne aussi toujours de la venu d’un Anti-Christ. Donc d’un anti-Mythe. Et ainsi d’une anti-langue.
Or ce que nous voyons bien ici c’est le lien qui s’opère entre langue personnelle et langue collective. Entre mythe personnel et mythe collectif. Entre Christ personnel et Christ collectif. Et donc la raison pour laquelle nous établissons un lien entre nous et Dieu.
Ce lien ne peut être que poétique. Oui, toute relation à Dieu est avant tout une relation d’ordre mystique. Et à ce titre toute vérité est vérité par possession. Par le fait d’être possédé par quelqu’un ou quelque chose, un être dans tous les cas, et être qui nous fait rentrer en possession de lui-même par le simple fait qu’il se donne à nous comme ne pouvant pas être compris intellectuellement.
Or si nous nous sommes posé la Question, c’est parce que quelque chose, se donnant à nous comme de la maladie et plus précisément de la maladie mentale, nous a amené à la poser.
Mais non seulement cette chose ou sorte de maladie nous a amené à nous poser cette Question, mais cette Question même, nous nous la sommes posée  dans les termes de cette chose ou sorte de maladie. En d’autres termes nous avons étudié les formes de cette Question selon les formes de cette sorte de maladie.
Nous avons nommé névrose et psychose (à prendre ici non pas dans leurs acceptations médicales mais comme termes poétiques) les formes que peuvent prendre cette maladie mentale.
Nous voyons donc bien pourquoi nous avançons l’idée que névrose et psychose sont des formes de vie et de pensée. En effet si elles construisent notre rapport à la Question, elles construisent notre rapport à l’autre donc à nous-même et par la même structure notre mode de vie et de pensée.
Ce que donc nous nous proposons ici de montrer, c’est qu’il y a des choses qui résistent au discours médical et qu’il faut rendre compte poétiquement de ces choses en utilisant une sorte de langage poétique du médical et pour démontrer que ce qui est premier en nous, ça n’est pas une explication de cette chose qui tendrait à en créer la vérité mais que au contraire c’est cette chose qui est première et que sa vérité ne peut surgir que du rapport qu’elle entretient à elle-même donc qu’elle ne peut être fondée intellectuellement mais qu’elle ne peut être saisie que par l’intuition et sous la forme d’une révélation par possession.
Oui, c’est bien en se laissant posséder par cette chose qu’on peut être amené à faire l’expérience de sa vérité et ce, sous la forme d’une révélation placée sous le signe de la maladie.
C’est que donc au final nous tacherons de démontrer à travers cette étude que la maladie n’est pas simplement un phénomène devant être étudié en termes de pathologie mais qu’elle peut être perçu aussi comme pouvant libérer en l’homme des forces d’un type autre que les forces sociales et que ces forces, que nous avons nommé forces de l’idiotie, peuvent nous permettre d’amener en nous-même, je veux dire jusqu’à notre compréhension, des vérités qui jusqu’ici étaient restées cachées.
C’est donc bien ici à une sorte d’éloge de la maladie et à travers elle du poétique que nous nous livrerons.
Je laisse au lecteur le soin de juger du bon déroulement de notre enquête et du bien-fondé des résultats qu’elle énonce.


PREMIÈRE PARTIE
AUTOUR DE LA SPÉCIFICITÉ DE LA NOTION DE CHRIST

Peut-on penser la langue dans la langue ?
Peut-on penser une névrose dans une autre névrose ?
Peut-on sortir de la langue ?
Peu-on sortir de la névrose ?
Oui, et seulement en pensant la langue dans la langue c’est-à-dire seulement en pensant sa névrose dans une autre névrose.
On voit ainsi l’importance du personnage de Madame de la Critique de la Raison Pure.
Ce personnage se définit en effet par une névrose que nous pourrons nommer névrose kantienne.
Oui, il y a bien une névrose de la langue et cette névrose est une névrose kantienne.
C’est donc bien en pensant sa névrose dans la névrose de la langue c’est-à-dire dans la névrose de Madame de la Critique de la Raison Pure qu’on peut être amené à sortir de sa névrose et ce par le fait de rendre possible une langue de la langue c’est-à-dire par le fait de rendre possible le « sortir de la langue ».


On voit là que c’est à l’aide d’une sorte de jeu que j’en suis venu à raisonner ainsi c’est-à-dire à opérer cette sorte de généralisation.
Je suis idiot : je me pose comme ayant foi en l’idiot.
Par là même je me pense idiot. Et je me fais donc l’autre de l’idiot.
Or cet autre de l’idiot, il ne peut qu’être christique. Il ne peut exister que sous forme d’être un christ et un christ de l’idiotie.
C’est donc bien la structure de l’individu dans le rapport qu’elle entretient à la question de l’autre et à travers elle de Dieu qui fait que je suis amené à généraliser de cette façon c’est-à-dire à considérer que tout état peut être pensé à partir de mon état individuel.
C’est parce que je pense mon existence en termes christiques c’est-à-dire que j’ai en moi un désir souterrain et que ce désir me porte à me faire christ, que la pratique analytique de la médecine sociale est quelque chose de si essentiel.
C’est en effet cette pratique qui me permet de désactiver le mythe qui est à l’origine de ma constitution comme christ à mes propres yeux et donc par là même aux yeux des autres.
Kierkegard : un christ.
Un quelconque idiot : un christ.
Les gens, du vivant de kierkegard, voyait kierkegard comme un idiot. Or aujourd’hui nous le voyons bien plutôt comme un christ.
Il y a bien là l’importance de l’idée de la création du mythe individuel et à partir de ce mythe, de la création d’un mythe collectif.
Le christ se donne pour le fils de Dieu.
Il se donne donc pour l’Homme. Donc pour l’Homme de tous les hommes.
Et c’est ce que moi-même j’ai fait. En me faisant le Christ de l’idiotie je me suis en effet donné aux autres comme étant l’autre de tous ces autres c’est-à-dire une sorte de christ ayant pour mission de penser l’homme en se pensant lui-même comme étant l’homme de l’homme.
Oui, c’est bien parce que je me suis considéré être Dieu, être donc l’homme de l’Homme, que je me suis conféré ce droit à généraliser le statut de tout homme à partir de mon propre statut.​​​​​​​
J’ai donc, en écrivant cette équation, sublimé mon équation individuelle en une équation générale : je me suis permis de généraliser à tous les cas individuels mon propre cas individuel.
De quel droit ?
À partir de quel raisonnement ?
En fait c’est la croyance en ma mission c’est-à-dire le fait de savoir être investi d’une mission qui consiste à dire que tous les hommes s’accomplissent comme moi je m’accomplis en tant qu’homme qui m’a amené à faire cette généralisation.
Et de la même façon, la névrose qui est né en moi du fait que j’ai été amené à penser ma névrose dans la névrose de Madame est elle-même une névrose individuelle.​​​​​​​

Mais j’ai tiré de cet ensemble de signe un nouvel ensemble de signe. Oui, c’est bien là ce que j’ai fait en généralisant ces faits individuels.
Oui, c’est bien parce qu’on pense sa névrose dans une autre névrose qu’on est amené à sortir de  sa névrose autrement dit qu’on devient fou.
Devenir fou, c’est donc bien sortir de la langue pour rendre possible une autre langue : cette autre langue, c’est la langue de l’idiotie. La langue donc rendue possible par la psychose.
C’est pourquoi cette langue est avant toute chose silence d’elle-même et ce, parce que ce n’est qu’en se définissant ainsi à elle comme silence qu’elle peut se rendre à elle-même langue.
Madame de la Critique de la raison Pure.
Je dis de sa névrose qu’elle est la névrose de la langue. Mais il y a bien là un drame.
C’est que j’aimerais que cette névrose soit névrose de la langue. C’est un rêve. Mais en réalité il ne s’agit jamais que d’une névrose individuelle tout comme la névrose de l’individu (ma névrose) était individuelle.
Suivons cette idée et appliquons la au problème de la langue.
Je parle une langue individuelle.
Madame de la Critique de la raison Pure parle aussi une langue individuelle (différente de la mienne).
Ce que j’appelle donc penser la langue dans la langue, ça n’est jamais que l’archétype d’une expérience singulière qui pour moi a consisté à penser ma langue dans sa langue (penser ma névrose dans sa névrose).
La nouvelle langue ainsi créée que j’ai nommé langue de l’idiotie ne pouvait qu’elle-même qu’être une langue individuelle.
Je me suis construit selon un mythe qui m’a constitué à moi-même comme devant me faire christ à mes propres yeux.
La pratique de la médecine mentale m’aide à lutter contre ce désir souterrain qui me porte à me faire christ à moi-même.
Car ce que je réalise c’est qu’en vérité ce désir me lance contre moi-même c’est-à-dire contre ma vérité et que donc si j’en viens à le penser et donc à en prendre en compte sa réalité cela peut me permettre d’avoir peut-être accès à une vérité de ma vérité, autrement dit à une sorte de vérité seconde : de vérité supérieure à la vérité elle-même. De vérité de type divin s’opposant à une vérité de type humain.
En m’aidant à comprendre tout cela la médecine m’aide à désactiver mon mythe individuel, mythe individuel qui prend lui-même sa source dans d’autres mythes individuels, l’ensemble de tous ces mythes dans le rapport qu’ils entretiennent les uns avec les autres constituant le mythe collectif auquel je suis soumis.
Je pense ma névrose dans une autre névrose. Ce qui fait que je deviens fou et que donc en moi se crée une nouvelle névrose.
Or une névrose, n’est-ce pas là une sorte de mythe ?
Ne peut-on pas écrire que c’est de la confrontation de deux mythes individuels qu’est né le nouveau mythe individuel qui m’habite ?
Si je suis devenu fou, c’est donc bien parce que j’ai osé penser mon mythe selon un autre mythe.
Mais revenons à la question de la généralisation.​​​​​​​
On voit ici qu’il est possible à la fois d’opérer un mouvement entre une névrose individuelle et le mythe individuel qui lui correspond, mais aussi entre un mythe individuel et le mythe collectif qui lui correspond, etc.
Il faut penser la notion de christ comme une sorte de catalysateur.
C’est en effet le fait que cette notion existe en moi dans mon psychisme de façon particulière (en tant qu’elle me structure : elle ne structure pas les autres de la même façon, elle ne les habite pas de la même façon) et qu’il m’est possible de le penser, que je suis en mesure d’élaborer une sorte de mythe de la langue.​​​​​​​

Il y a bien d’abord l’idiot seulement idiot.
Puis l’homme.
Et enfin l’idiot qui se pense idiot et ce en se posant la notion de Christ comme constitutif de son état. Ce personnage, c’est le poète idiot. Le philosophe aussi au sens où Kierkegaard a été philosophe.​​​​​​​
Les deux faces d’un même signe. Le signe, c’est la notion même de Christ mais prise ici dans un tout autre sens.
Ce qu’on voit ici c’est que c’est bien la possibilité par la notion de christ de s’analyser en tant que notion de Christ qui rend possible le passage de la notion de mythe individuel à la notion de mythe collectif.
Mais aussi le passage de la notion de mythe individuel a à la notion de mythe individuel b et de mythe collectif a à la notion de mythe collectif b.
La généralisation, je la rends donc possible du fait que je parviens à travers l’analyse de mon mythe individuel à rejoindre la notion de mythe collectif et ce par l’analyse même de la notion de Christ.
Cette généralisation, elle n’est donc possible que pour moi, au sens de que pour quelqu’un qui aurait eu à se construire selon ce même type de mythe christique.
C’est donc bien parce que j’ai pendant longtemps été habité par ce mythe de la nécessité du Christ et que j’ai été en mesure de le désactiver en créant une rationalisation de ce mythe, que je suis en mesure aujourd’hui de considérer que j’ai le droit de faire ce type de généralisation en tant que je m’appuie pour le faire sur une notion de christ bien particulière : il s’agit en effet d’une sorte de notion christique ou notion existentielle.
En un sens, cette notion, c’est mon existence même. Oui mon existence a bien pour signification cette notion.
Mon raisonnement est donc en ce sens un raisonnement par l’existence. Un raisonnement que je justifie par une sorte de preuve par l’existence.
Oui, c’est bien cela, cette preuve en moi par l’existence du possible passage du mythe individuel au mythe individuel et de mythe individuel à mythe collectif qui me permet de justifier le recours aux généralisations que j’opère dans mes travaux.
On voit là que, en désactivant mon mythe et ce parce qu’ayant été amené à penser mon mythe dans un autre mythe s’est posé pour moi la nécessité d’en sortir, j’ai créé un nouveau mythe.
Mais ce mythe est désormais positivement mythe là où le précédant l’était négativement.
Cette notion du Christ : elle explique mon rapport aux femmes.
Il n’y a pas pour moi de femme possible parce que je suis habité du désir de me constituer Christ à moi-même et que cela, cette volonté je veux dire, est supérieure à tout donc au simple désir de posséder une femme de façon amoureuse.
On voit là ce qu’il faut entendre par mythe négatif et mythe positif.
Le mythe négatif, c’est le mythe qui s’opère en nous malgré nous, je veux dire non-volontairement.
Tandis que le mythe positif, c’est au contraire celui qui est conçu volontairement.
Je me suis construit un nouveau mythe : ce mythe, c’est moi qui l’ai voulu et je l’ai voulu positivement c’est-à-dire en opposition au mythe qui m’avait jusqu’ici habité et que j’ai dit être négatif parce qu’il opérait négativement en moi : c’est malgré moi que je ne parvenais pas à avoir de relation amoureuse avec une femme et non volontairement.
Cette notion de christ, elle est bien essentielle et ce parce qu’elle est venue chez moi de façon christique.
Oui, c’est bien christiquement que je me veux christ.
Oui, c’est bien parce que je suis dans l’impossibilité de me penser autrement que je suis dans la nécessité de penser positivement mon rapport à cette notion et donc de m’appuyer sur elle, je veux dire sur sa réalité existentielle (elle existe comme notion de façon existentielle au sens où c’est mon existence même, dans ce qu’elle a de plus absolu, de plus  irréductible, qui signifie cette notion) pour bâtir mon nouveau mythe.

                        ​​​​​​​

                        PREMIER MYTHE                          SECOND MYTHE
                        Notion existentielle de                  Notion existentielle de
                        Christ est involontaire                   christ est maintenant
                                                                                pensé volontairement.


Je parle de notion existentielle.
C’est que l’existence, au plus profond d’elle-même, signifie la notion de Christ.
Elle signifie cette notion au sens où elle la parle.
Oui, il y a bien une parole de mon existence. Et cette parole surgit à moi sous la forme d’un Christ.
C’est en ce sens que la notion de Christ est spécifique.
Elle est spécifique en tant que la Parole de l’existence et qui est la Parole même de Dieu s’incarne en moi sous les traits du Christ.
On voit ici à quel point s’enchevêtrent mythe individuel et mythe collectif au niveau de la notion même de Christ.
C’est que cette notion est bien le nœud qu’il nous faut démêler pour parvenir à répondre à la question de la spécificité du raisonnement que nous adoptons en idiotie.
Oui, c’est bien l’existence en nous de la notion de Christ et de ce qu’elle implique en tant qu’elle est pour nous une notion existentielle qui nous permet d’opérer les généralisations auxquelles nous nous livrons au cours de nos raisonnements.
Back to Top